Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

une majorité de français estiment que nicolas sarkozy a encore un avenir politique
une majorité de français estiment que nicolas sarkozy a encore un avenir politique © reuters

Retour sur la soirée spéciale consacrée à Nicolas Sarkozy, mercredi dernier sur France 3.

Nicolas Sarkozy, pour les journalistes, c'est comme une drogue. Parfois on replonge. Le documentaire de Franz-Olivier Gisbert servait à ça. Bien sûr, on connaît toutes les séquences : le bouclier fiscal pour les riches et la crise qui balaie tout, la guerre en Géorgie et Kadhafi à Paris, les drames personnels et la droitisation identitaire. Et pourtant, les images paraissent déjà si lointaines, alors que cette période n’a pris fin qu’il y a un an. Dans ce tableau d'un homme à l’énergie rare qui finit par imploser, on retient d’abord les témoins, les proches de l'ancien président. Certains expriment une fidélité sans concession, mais d’autres ont des griffes sous les gants. A commencer par François Fillon, qui se démarque franchement de Nicolas Sarkozy. On l'a compris, il s'agit autant pour lui d'un inventaire du passé que d'une manœuvre tactique pour valider sa candidature aux primaires à droite. Au secours, la présidentielle, c’est déjà demain…

- Qu’est-ce qui sépare les deux hommes, à part leur ambition ? La rigueur budgétaire par exemple ?

Bof. François Fillon était à Matignon lorsque la dette s’est creusée de 500 milliards en 5 ans. Il y a le Front national, aussi. Dans le documentaire, François Fillon évoque des lignes inconciliables entre Nicolas Sarkozy et lui. L’ancien premier ministre se dit opposé à toute alliance avec le FN par principe républicain, et non par simple stratégie. Mais enfin, s’il avait des problèmes aigus de conscience, que ne l'a-t-il dit plus tôt ?

Comment a-t-il pu, sous son gouvernement, tolérer le discours de Grenoble stigmatisant les Roms, l’idée d’une déchéance de nationalité ou le débat sur l’identité nationale ?

- Justement, au-delà de ces divergences, que reste-t-il de ce quinquennat Sarkozy qui pourrait servir l’avenir de la droite ?

Autrement dit : que reste-t-il du Sarkozysme ? Rien. Enfin si, les affaires : Claude Guéant et ses tableaux de maître flamand, Mme Bettencourt et ses largesses, ou encore Henri Guaino, qui aime tant la République qu’il lance une offensive contre un magistrat et refuse de répondre à la police. Mais sur le plan des idées, le Sarkozysme était un pragmatisme débridé. Ce n’est pas un programme. Il n'y a pas de doctrine sarkozyste, de vision de l'Europe ou du développement économique, de pratique du pouvoir à reproduire. Car cette pratique fut d'abord une personnalisation excessive, voire une instrumentalisation partisane de l'Etat.

Aujourd’hui, la droite préfère se concentrer sur les questions identitaires, quitte à dériver, pour ne pas avoir à trancher sur le reste : l’économie, le périmètre de l’Etat, l’Europe. Elle refuse tout inventaire du quinquennat Sarkozy. On ne sait jamais, l’ancien président pourrait revenir. Et puis, les deux postulants à sa succession, Jean-François Copé et François Fillon, se sont autodétruits dans la guerre à l’UMP. Waterloo, morne plaine ! Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy n’appartient pas encore entièrement à l’histoire et aux documentaires.

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