Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaireLe Point

Peut-on parler d'une fronde d’une partie du PS vis-à-vis de la politique économique menée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault ?

l'opération reconquête de françois hollande a mal débuté à dijon
l'opération reconquête de françois hollande a mal débuté à dijon © reuters

En fait, ce dont je veux vous parler n’est pas d’une simple fronde de parlementaires en mal de notoriété qui voudraient faire entendre leur voix pour se faire remarquer. S’il ne s’agissait que de cela, ce serait finalement une situation politique assez classique. Ce qui se passe au sein de la majorité est en réalité beaucoup plus grave pour François Hollande. Ce dont je veux vous parler, c’est d’une sorte de cacophonie. Chômage, déficits, récession… La France traverse une belle tempête, tout le monde en convient. Le problème, c’est que dans les situations désespérées, il y a deux attitudes. Soit on fait corps. Soit, chacun essaye de sauver sa propre peau. Et c’est exactement ce qui est en train de se passer.

- Dans ce contexte, quelle est la marge de manœuvre du chef de l'Etat ?

François Hollande est un capitaine de bateau qui doit d’abord affronter les querelles au sein de sa propre équipe. Tout le monde est grincheux. Et personne n'est d'accord. D’un coté, il y a Gérard Collomb. L'impôt à 75 % ? Pardonnez moi, mais c’est le sénateur-maire de Lyon qui le dit, c’est une « connerie » qu'il serait « judicieux d’oublier ». Les entreprises ? Je cite encore : « on ne relancera pas l'économie sans un minimum d’empathie avec elles. »

Il y a dix jours, c’est Pascal Lamy –certains diront qu’il n’est plus vraiment socialiste- qui s’en prenait à Arnaud Montebourg en expliquant que le ministre du Redressement productif avait un problème de GPS vis-à-vis de la réalité.

De l’autre coté, c’est la même chose. Arnaud Montebourg a, lui, trouvé un bouc émissaire : la Banque centrale européenne. Elle « ne s'occupe », je cite, « ni de la croissance, ni des chômeurs, ni des populations » alors que Hollande tente justement d'être le plus crédible possible face à ses interlocuteurs européens.

Il y a aussi ce petit groupe d’une quinzaine de députés PS qui vient d’écrire à François Hollande en lui reprochant d’avoir oublié « le pouvoir d’achat ». Restent ceux qui –normalement- devraient jouer le rôle de supporters inconditionnels.

Mais même avec eux, Hollande a fort à faire. Souvenez-vous : il y a deux semaines, au Salon de l’agriculture, François Hollande expliquait qu’il faudrait peut être de nouvelles hausses d’impôts pour remettre les comptes publics en ordre. Patatras ! Immédiatement, Harlem Désir, le patron du PS, et Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, ont aussitôt raconté qu’ils étaient contre et archi-contre.

- Est-ce que cela ne signifie pas tout simplement qu’il y a de la démocratie au sein de la majorité ?

Oui, on peut voir les choses comme ça. Mais on peut surtout se dire que le capitaine du bateau a laissé s’installer le désordre. En fait, c’est un peu comme si Hollande restait prisonnier de son rôle, celui qui lui a si bien réussi pendant la campagne -prendre l’exact contre-pied du volontarisme de Nicolas Sarkozy. En fait, Hollande doit vite siffler la fin de la récré dans la majorité. Arbitrer les conflits entre ceux font partie de la même équipe. Et surtout dire vite et précisément quelle est sa stratégie de sortie de crise. Après tout, c'est lui le chef, il a été élu pour ça.

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