Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

Retour sur la trajectoire politique du futur Premier Secrétaire du PS, Harlem Désir

Harlem Désir
Harlem Désir © Chourka Glogowski

Le parcours d’Harlem Désir, c’est un peu celui de la gauche française. On part des flamboyantes années Mitterrand où S.O.S Racisme s’imposait comme la conscience morale de la France, pour arriver à cette nomination pas très glorieuse à la tête du PS, après un combat d’apparatchiks aussi confus que peu démocratique.

Harlem Désir lui-même n’a plus grand-chose du jeune homme qui crevait l’écran il y a trente ans. Il l’a d’ailleurs reconnu lui-même il y a quelques temps avec pas mal d’humour : « Quand on parle de moi, la ligne c’est : il était jeune et beau, il est devenu sérieux et chiant ».

  • Il a changé mais c’est normal. Personne n’est le même qu’il y a trente ans !

C’est vrai, mais je ne parle pas du physique, je parle du souffle, du charisme. Regardez Daniel Cohn-Bendit ou Jack Lang.

Même trente ans après, voire nettement plus pour Cohn-Bendit qui a commencé sa carrière en 68 : ils ont toujours la même énergie, la même fougue pour défendre leurs convictions et leurs combats. On ne la sent pas chez Harlem Désir, même s’il est resté une personnalité sympathique.

  • Et pourquoi, à votre avis ?

Je pense que le Harlem Désir de S.O.S Racisme n’existe plus, parce que le combat qui était le sien s’est perdu. Sur le sujet de l’immigration, SOS Racisme se battait pour l’intégration et l’égalité des droits ; aujourd’hui, les revendications sont celles du droit à la différence, avec une montée du communautarisme.

Dans un registre plus politique, S.O.S Racisme voulait faire barrage à la progression du Front National, or jamais ce parti n’a été aussi présent qu’aujourd’hui dans la vie politique.

  • Mais la carrière de Harlem Désir ne se limite pas à S.O.S Racisme. Il est ensuite devenu un dirigeant socialiste.

Oui, il a adhéré au PS en 1994, ce qui était assez logique quand on se souvient comment Julien Dray, avec l’appui discret mais actif de François Mitterrand, avait fait de SOS Racisme une machine de guerre au service des socialistes.

En 1999, il est élu député européen. C’est un mandat très particulier, parce qu’il éloigne les élus des électeurs, des « vrais gens ». Non seulement vous siégez à Strasbourg ou à Bruxelles, mais vous ne connaissez pas ceux qui vous ont élu, surtout à l’époque, où le scrutin était national.

Contrairement à un François Hollande, une Ségolène Royal ou une Martine Aubry, Harlem Désir n’a pas de vrai ancrage électoral. Il n’a d’ailleurs pas de programme non plus puisqu’il a été désigné pour des raisons purement tactiques, pas pour des convictions politiques qui l’auraient différencié de l’autre candidat, Jean-Christophe Cambadelis.

C’est sans doute cela le plus grand handicap d’Harlem Désir. Il a été choisi parce qu’il ne posait de problème à personne, pas plus au Président de la République qu’aux barons du PS.

Quand on est censé être le patron du premier parti de France, qui contrôle l’Assemblée Nationale, le Sénat et presque toutes les collectivités territoriales, c’est quand même un peu léger.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.