Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

manifestation des opposants au mariage homosexuel
manifestation des opposants au mariage homosexuel © reuters

Après la forte mobilisation hier à Paris contre le mariage gay, est-ce que cela change la donne pour François Hollande?

Non, il n’y a aucune raison que ce soit le cas. La gauche n’a pas avancé masquée dans cette affaire. Si les manifestants veulent sanctionner François Hollande, ils voteront contre lui la prochaine fois. Chacun doit assumer ses convictions. Autant sur la réforme du droit du travail, la négociation est une vertu, autant sur un sujet comme le mariage pour tous, il s’agit d’abord de volonté et de courage politique.

Certains arguments employés par les opposants laissent d’ailleurs pantois. « Ne divisons pas les Français ! » clament-il. Ah bon ? Mais dans ce cas, on annule les élections, on ne fait plus de politique, et on envoie à l'Elysée un expert comptable. Pardon pour cette évidence, mais le pluralisme démocratique suppose justement des désaccords. D’ailleurs, notons cette curiosité : les mêmes qui parlaient d’une réforme risquée, porteuse de division, réclament un référendum. Alors que le référendum, justement, fait émerger deux camps l’un contre l’autre et radicalise les opinions. Sans parler du risque de transformer cette consultation en vote pour ou contre les homos. - Mais sur le fond, les manifestants sont inquiets de la disparition de la famille traditionnelle. Effectivement, à les entendre, la famille traditionnelle serait menacée d’implosion. Rappelons d’abord un chiffre : en France, selon les démographes, les homos en couple représentent 1% de l’ensemble des couples. Le tsunami est encore loin... On peut comprendre cette inquiétude qui traverse la France catholique, conservatrice, plutôt rurale. Mais ces manifestants se trompent de bataille. Ils rendent les homos responsables d'un phénomène qui les dépassent largement. Oui, la "famille" change. Elle n'est pas une organisation et une valeur figées dans le marbre. Il y a quelques siècles encore, on n'épousait jamais par amour, mais par arrangement. L’homme et la femme avaient des fonctions sociales distinctes. Puis par étapes, au 19ème et au 20ème siècle, l'émancipation professionnelle des femmes et leur accès à une pleine citoyenneté ont corrigé le déséquilibre entre les deux sexes. Mai 68 a joué un rôle clé. Aujourd’hui, le divorce s’est généralisé, le désir individuel a pris le pas sur les conventions sociales. Il n’y a plus une famille, mais DES familles, notamment homoparentales, qui concernent des milliers d’enfants.

La nostalgie est donc mauvaise conseillère : il n’y aura pas de retour en arrière. Par contre, l’avenir mérite d’être interrogé. Je parle de la médecine reproductive. Doit-elle seulement corriger des problèmes de stérilité ou de malformation ? Ou bien deviendra-t-elle le bras armé d’un droit à l’enfant ? Dans cette hypothèse, chacun, qu’il soit homo ou hétéro, en couple ou non, pourrait passer commande d’un enfant, quitte à sous-traiter la grossesse à une mère porteuse rémunérée.

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