Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazine L'Express

L a campagne présidentielle de 2017 est encore loin, mais déjà, se dessinent quelques thématiques qui devraient opposer gauche et droite.

jean-françois copé veut devenir l'opposant numéro un à françois hollande
jean-françois copé veut devenir l'opposant numéro un à françois hollande © reuters

Il y a des phrases qui ne font pas beaucoup parler parce qu’elles sont noyées dans une énième interview d’une personnalité connue. Et pourtant, elles portent en germe les débats futurs. C’est le cas d’une déclaration de Jean-François Copé dans un entretien accordé au magazine Valeurs actuelles il y a deux semaines. Elle porte sur l’immigration. Le président de l’UMP propose de revenir sur le droit du sol. Copé est, je le cite, « favorable à la fin du droit du sol pour les personnes nées de parents séjournant illégalement en France », autrement dit pour les enfants de clandestins.

Quelques mots glissés entre deux autres propositions sur la délinquance et l’Europe, mais qui sont une véritable bombe politique à retardement.

- Bombe à retardement ? C'est-à-dire ?

Le droit du sol fait partie du pacte républicain français. En 1993, la droite au pouvoir– Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, pour être précis- avait introduit des restrictions à l’automaticité de la nationalité pour toute personnes née sur le territoire français. Conditions supprimées sous Lionel Jospin. Mais jamais le RPR à l’époque ou l’UMP depuis, n’avait remis fondamentalement en cause le droit du sol qui s’oppose au droit du sang. Même Nicolas Sarkozy, qui avait brisé beaucoup de tabous, n’a pas osé y toucher. Dans l’entre deux tours de la présidentielle, l’ancien président avait été très clair. « Nous garderons le droit du sol, avait-il proclamé. Le droit du sol c’est la France ». Il était alors accusé de flirter avec les thèses du Front national

  • Les propos de Jean-François Copé pour supprimer le droit du sol dans certains cas engagent-ils l’ensemble de l’UMP ?

Jean-François Copé ne peut prétendre parler au nom du parti tout entier tant son élection a été et reste contestée.

Il y a encore un an, il refusait de répondre à une question sur le droit du sol, qui a toujours été l’une des propositions phares du Front National. L’abolition du droit du sol figurait encore dans le programme de Marine Le Pen en 2012. Et alors même qu’en Italie, on débat au contraire de son introduction. Aujourd’hui, la droite « décomplexée » dont Jean-François Copé se veut le chantre passe par des ruptures plus fortes encore que celles opérées par Nicolas Sarkozy.

Mais il ne fait pas l’unanimité. Bruno Le Maire est ainsi hostile à toute réforme de ce principe historique.

La ligne de fracture ne passe pas forcément entre fillonistes et copéistes, mais entre ceux, à droite, qui sont attachés à l’histoire française de l’intégration et ceux qui craignent une mondialisation de la nationalité. Ou bien encore entre ceux qui veulent à tout prix se différencier du Front national et ceux qui n’en font plus une condition impérative de leur combat politique.

Le clivage sera donc incontestablement entre gauche et droite, mais aussi au sein même de la droite. C'est sa culture et son futur qui sont en jeu. Autant dire l'essentiel.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.