Par Piotr Smolar, journaliste au quotidienLe Monde

Les députés européens hier à Strasbourg ont retoqué le budget de l’Union européenne, qui ne leur convient pas... Mais alors pas du tout !

Ca ne fera jamais l’ouverture du 20 heures, ce n’est pas excitant comme une autoroute enneigée ou un train en rade, et pourtant : on a vécu hier à Strasbourg un moment important dans le marasme politique de l’UE. Les députés ont décidé de donner une bonne claque aux dirigeants européens.

A une écrasante majorité, ils ont rejeté le bidouillage budgétaire auquel se sont livrés les Etats-membres et la Commission.

Qu’ont dit les députés ? Que le budget européen pour la période 2014-2020, laborieusement négocié à la baisse pour la première fois de l’histoire, était à revoir. Pas sur son enveloppe globale, mais sur son exécution.

Ce budget de 960 milliards d’euros a fait l’objet de chantages, de pressions, de négociations de marchands de tapis entre les chefs d’Etat et de gouvernement. Comme si, finalement, l’Union européenne était devenue une surcharge, un handicap. La réponse des députés européens est à la fois technique et politique. Ils veulent entamer un bras de fer avec la Commission, qui contrairement à eux n’a aucune légitimité démocratique, pour obtenir davantage de souplesse dans l’utilisation des fonds. Ils réclament aussi, très justement, la création de ressources propres pour l’Union européenne, afin qu’elles ne soient pas totalement dépendantes des capitales.

- Mais sur le plan politique, est-ce qu’on va vers un blocage ?

Probablement pas. Les députés appartiennent à des partis dont beaucoup sont aux responsabilités dans leurs pays respectifs. Ils ne peuvent donc pas aller à la rupture. En tout cas, le Parlement ne veut plus faire de la figuration. Cette résolution marque l’ouverture de la campagne avant les élections européennes de 2014. Elles seront les plus importantes de l’histoire de l’UE.

On assiste à deux phénomènes simultanés.

Il y a, d’une part, l’exaspération des peuples contre une austérité contreproductive, qui tue toute croissance. Cette Europe merkélisée fait le lit des populismes nationaux, voyez la Grèce ou l’Italie. Elle transforme la politique en un séminaire de comptables gris, comme si les peuples n’avaient plus de prise sur leur destin.

La deuxième tendance, c’est la volonté des Européens convaincus de changer la donne, de réviser le moteur de l’UE, quitte à changer des pièces. Il va donc falloir que les forces politiques se décident. Le flou et le double langage ne seront plus tenables. Soit les partis prôneront le repli national, soit elles demanderont un vrai saut vers l’intégration politique. On ne peut pas réclamer la solidarité, comme François Hollande, sans admettre l’émergence, à terme d’un véritable pouvoir exécutif européen. Mais dans ce cas, il faut aussi en asseoir la légitimité démocratique. Bref, on va avoir de quoi débattre d’ici le prochain scrutin.

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