Par Anna Cabana, Grand reporter au magazine Le Point

Revenons sur la conférence de presse d’hier soir et décryptons le Hollande nouveau.

Il n’y a pas de Hollande nouveau, c’est même, à mon sens, la principale leçon du grand oral d’hier. Alors bien sûr, le président a soigné la mise en scène: le pupitre était théâtralement placé dans l’axe de la porte par laquelle il a fait son entrée, il est arrivé seul et solennel, vingt minutes après que l’huissier a sommé les 200 journalistes de faire silence et 6 minutes après l’entrée groupée, bouche cousue, de tous les ministres. Un décorum présidentiel, donc. Hollande a d’ailleurs pris soin de dire et redire qu’il n’est plus un chef de parti, plus un homme en campagne, mais que désormais il est le président, et pas n’importe quel président : un président responsable, c’est son nouveau concept, et c’est vrai, qu’il fait président. Mais il n’a pas changé.

- Vous venez de dire qu’il fait président, c’est un changement, non ?

Faire président, c’est ne pas être écrasé par l’habit présidentiel, et Hollande ne le porte pas mal, cet habit-là, mais il le porte à la Hollande, il le porte comme on imaginait qu’il le porterait. Il fait le job avec intelligence, humour, sens de l’anticipation et du calcul. Tel qu’en lui-même, quoi. C’est comme sa cravate. Tout un symbole. Hollande aura changé le jour où il portera sa cravate droite, ce qui ne lui est jamais arrivé sauf pendant la campagne, quand Manuel Valls passait son temps à la lui repositionner. Hier soir, il avait évidemment la cravate de travers, du début à la fin. Et plus ça durait, plus elle penchait, or ça a duré 2h25... A la fin, le Président s’est transformé en « animateur » -lui-même a été obligé de le constater. Il fallait l’entendre dire : « Je prends encore deux questions et puis c’est tout », avant, deux questions plus tard, de jurer: « Une dernière question », et juste après il repartait pour un tour : « Je prends trois questions ». Bref : Hollande est resté Hollande et vraisemblablement, Hollande restera Hollande.

- Cela pouvait-il être autrement ?

Il aurait pu se métamorphoser par la grâce de la fonction, ou à la faveur des circonstances. Vous conviendrez que les circonstances sont suffisamment exceptionnelles, avec la tempête économique mondiale, pour révéler un homme. Or chez Hollande, après six mois, point de métamorphose. Attention, je ne dis pas qu’il est mauvais, il a été bon, hier, mais il n’y a pas de dépassement de soi. Il n’a pas connu cette mue chimique et psychique qui transforme un homme politique en personnage du roman national. Nicolas Sarkozy était un personnage du roman national, surtout pour ceux qui le détestait. Hollande, on ne peut pas le détester. Il peut juste nous ennuyer. Peut-être que la France a besoin de s’ennuyer un peu avec son président…

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.