Par Piotr Smolar du journale le Monde

C’est aujourd’hui le grand jour, pour la déclaration de patrimoine des ministres. Un exercice de transparence qui fait polémique.

Photo de famille du gouvernement Ayrault 2 au Palais De L Elysee - Francois Hollande entoure des ministres de son gouvernement
Photo de famille du gouvernement Ayrault 2 au Palais De L Elysee - Francois Hollande entoure des ministres de son gouvernement © Vincent Isore/IP3 press; Paris, France le 4 Juillet 2012

Disons le tout de suite : ça n’améliorera pas, de façon spectaculaire, l’atmosphère politique ou la confiance des Français envers leurs élus.

Mais ce n’est pas parce que cette mesure aura un impact limité qu’elle n’est pas souhaitable. Transparence, que de bêtises sont dites en ton nom !

Depuis que François Hollande a annoncé ses mesures, pour contenir le désastre de l’affaire Cahuzac, on a eu un festival de mauvaise foi, à gauche comme à droite. Avec en commun, une vision passéiste de la politique, qui se résumerait à un rendez-vous tous les cinq ans avec les électeurs.

Le premier argument contre cette transparence, très en vogue à droite, consiste à dire qu’elle n’aurait pas empêché le mensonge de Jérôme Cahuzac, qui aurait pu dissimuler son compte en Suisse. Et alors ? Bonjour l’évidence scientifique : on n’a pas encore découvert le vaccin contre la malhonnêteté. Quelles que soient les lois, il y aura toujours des scandales. Personne ne réclame une quelconque pureté morale absolue chez nos élus, qui ont leurs grandeurs et leurs bassesses exactement comme nous tous, citoyens. « Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes », écrivait Corneille dans Le Cid.

Mais alors pourquoi publier ce patrimoine ?

Elémentaire! Etre élu de la nation, ce n’est pas être boucher, trader ou chanteur. C’est représenter le peuple. On peut être riche, peu importe : l’essentiel est de ne pas s’enrichir grâce à ses fonctions. Il n’est pas question de voyeurisme. Rendre des comptes sur son action et sur sa situation personnelle, c’est normal, c’est banal, ça devrait aller de soi. Et pitié, arrêtons avec l’argument culturel selon lequel en France, on n’aime pas les riches. On brandit même une menace terrible, une liste noire des élus les plus aisés ! Mais que préfère-t-on ? L’hypocrisie, la dissimulation ? Les hurlements que suscite cette réforme ne montrent pas sa brutalité, mais notre retard collectif.

On en vient au 2e argument employé par les pourfendeurs de cette transparence. « Pourquoi seulement nous, et pas les chefs d’entreprise ou tiens, les journalistes ? » C’est ce que disait la semaine dernière Jean-Luc Mélenchon à David Pujadas. Mais cette diversion ne trompe personne. La politique est une profession à part dans une démocratie fonctionnelle : sa vocation est l’intérêt général. C’est pour ça qu’elle est incompatible avec le métier d’avocat d’affaires, n’est-ce pas Jean-François Copé. C’est pour ça aussi que les députés devraient s’imposer la même rigueur que subissent les Français. Par exemple, en supprimant la réserve parlementaire, d’essence clientéliste, ou bien en détaillant comment ils dépensent leur fameuse indemnité de frais de mandat.

Hélas, on voit bien le piège dans lequel se trouve François Hollande : demander aux parlementaires de se corriger eux-mêmes risque de déboucher sur une réforme au petit pied. Pour les contourner, il n’y a que le référendum. Avec d’autres risques.

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