Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazine L'Express

jean-marc ayrault sonne la mobilisation générale pour la croissance et l’emploi
jean-marc ayrault sonne la mobilisation générale pour la croissance et l’emploi © reuters

Après l’accord sur le marché de l’emploi, on pensait que la gauche risquait de se retrouver écartelée entre ses différentes tendances. Mais c’est finalement la droite qui est divisée.

Pendant cinq ans à Matignon, François Fillon n’avait qu’un seul mot à la bouche : la fléxi-sécurité sur le modèle de nos voisins d’Europe du Nord. Sauf que voilà, Nicolas Sarkozy n'est jamais parvenu à un accord entre partenaires sociaux. Certainement parce qu’il les a, au fond, toujours méprisés, ces corps intermédiaires qu’il avait d’ailleurs tenté de disqualifier pendant sa campagne électorale. Cet accord, l’UMP l’a donc rêvé, le PS l’a fait. Le patronat s’en félicite et même l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie, dans le Figaro d’hier. Autant vous dire que la droite pariait sur un échec et l’espérait secrètement.

Elle se retrouve donc dans un corner : peut-elle maudire aujourd’hui ce qu’elle aurait tant souhaité promouvoir hier ?

- Et pourtant, à entendre Jean-François Copé, la droite veut être une opposition constructive.

« Constructive » quand c’est possible, dit le président de l'UMP, et « implacable » quand c’est nécessaire. C’est le leitmotiv de toutes ses interventions. Mais voilà un cas de figure intéressant pour constater que la théorie est loin de la pratique. Et qu’une opposition « constructive » n’est pas prête de voir le jour dans notre pays. Dans l’Express à paraître mercredi, Jean-François Copé explique que l’accord « va dans le bon sens ». Mais, et oui il y a toujours un « mais », que ce n’est pas suffisant et qu’il faut un vrai « big bang » du marché du travail. Quitte, d’ailleurs, à tomber dans une surenchère libérale qui n’est pas du goût de toute la droite.

- D’ailleurs, l’UDI de Jean-Louis Borloo s’est félicité de cet accord.

C’est dire à quel point il risque d’y avoir de l’électricité dans l’air à droite au moment de l’examen du texte au Parlement. Alain Juppé a même attribué «un bon point » au gouvernement.

Sans faire ici l’apologie de l’unanimisme parce que c’est dans le débat politique que vit la démocratie parlementaire et que naissent les grandes réformes mais dans le cas présent, la droite pourrait s’inspirer du Medef -dont il se dit très proche des préoccupations– qui a su faire preuve de souplesse pour aboutir à un accord. Imaginez un seul instant que la loi qui en découlera soit votée par l’UMP. La droite ferait coup triple si je puis dire : elle serait cohérente avec elle-même, elle réinventerait le rôle de l’opposition et du coup, donnerait une leçon à la gauche le jour où le PS, alternance oblige, sera à son tour minoritaire.

A l’UMP, ce n’est pas vraiment d’actualité. Et puis, vous savez, la gauche est très douée, depuis huit mois, pour se tirer une balle dans le pied. Et même avec une opposition disons pas très combattive sur ce dossier, elle est capable de se torpiller elle-même et d’être à nouveau son pire ennemi.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.