Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaire Le Point

Revenons sur ces « experts » et ceux qui, il n’y pas si longtemps, préconisaient l’austérité en Europe.

Manif contre l'austérité à Dublin
Manif contre l'austérité à Dublin © Radio France / Marine de la Moissonière

Vous savez que la quasi totalité des gouvernements européens mènent une politique d’austérité. En Grèce. En Espagne. En Italie. Au Portugal. Avec cet espoir : que les cures d’austérité –l’Espagne coupe 40 milliards d'euros en 2013 dans ses dépenses publiques tout de même-permettent de remettre les comptes publics d’équerre. C’est en tout cas ce qu’exigent les marchés, les agences de notation, la Commission européenne, l’Allemagne. Et le FMI. Le Fonds Monétaire International.

Sauf que voilà… Il y a quelques jours, l’économiste en chef du FMI, il s’appelle Olivier Blanchard, c’est un Français, a pondu un texte qui fait froid dans le dos. Il a avoué qu’il s’était complètement trompé dans ses calculs. Et qu’en fait, la politique d’austérité est, en Europe, à peu près le pire remède qu’on pouvait imaginer.

C’est tout simple. Blanchard, avec l’un de ses collègues du FMI, s’est juste penché sur l’impact de la dépense publique sur l’économie réelle (voir le document ici).

Mais, en quelques mots, il confesse avoir utilisé dans ses analyses antérieures des données qui ne correspondent pas à la réalité du tissu social et économique de la Grèce ou de l’Espagne. Et que les mesures d’austérité ont deux a trois plus d’impacts négatifs sur la croissance que ce qu’ils avaient prévu.

En clair, dans ce texte aux allures de mea culpa, cet économiste qui n’est pas n’importe qui –on parle de lui pour le prix Nobel- explique que couper le robinet d’argent public est dévastateur pour l’économie grecque et que les données que lui et ses services utilisaient jusque là étaient sans doute valables pour des pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, où l’impact de la dépense publique est moins important. Mais que pour la Grèce, c’est du suicide.

- Cependant, on a déjà entendu parler de ça de la part de ceux qui contestent les politiques de rigueur.

Oui, mais c’était de la politique. Cette fois ci il s’agit de science économique. Et ceux qui le disent, ce sont les experts le FMI ! Vous savez, le FMI, c’est là qu’a été imaginé le consensus de Washington à la fin des années 80 qui était ni plus ni moins rien d’autre qu’un copier-coller des manuels du libéralisme. Des dépenses publiques réduites au minimum, une économie la plus ouverte possible, la flexibilité du marché du travail. J’en passe et des meilleures.

Reconnaissons à Olivier Blanchard que son mea culpa a le mérite de l’honnêteté. C’est courageux. Et d’ailleurs, notre « expert » s’est trompé de bonne foi... Reste maintenant une question… même si faute avouée est à moitié pardonnée : est-ce que les gouvernements –en Grèce, en Espagne, en Italie-vont pouvoir retourner devant leurs électeurs en leur disant : « Désolé, en fait, on a suivi une recette -"du sang et des larmes"- mais les proportions dans les ingrédients étaient complètement faux. Donc on va tout recommencer » ?

Rien n'est moins sûr.

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