Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

La France est désormais officiellement en récession. François Hollande a affirmé hier à Bruxelles que « nous avons passé le moment le plus difficile ». Quel crédit faut-il accorder à cette affirmation du chef de l’Etat ?

françois hollande lance l'an ii de son quinquennat
françois hollande lance l'an ii de son quinquennat © reuters

Pour commencer, c’est inutile. François Hollande ferait mieux d’arrêter de faire des prévisions, pour une raison simple, c’est que plus personne ne les croit. Je vous rappelle qu’il nous avait annoncé 3% de déficit public en 2013 et une croissance de presque 1%. Je vous rappelle encore qu’il y a 7 mois, il nous affirmait que le pire de la crise dans la zone euro était derrière nous, et je ne parle pas de ses promesses répétées de baisse du chômage, qui, au vu des chiffres, relèvent plus du fétichisme que de la prévision économique.

Pour en revenir à votre question, je pense que personne ne sait vraiment, François Hollande pas plus que vous ou moi, si nous avons effectivement passé le moment le plus difficile. Mais ce que l’on peut dire quand même, c’est qu’on ne voit aucun signe d’amélioration de la situation économique. Le chômage étant élevé, les Français consomment moins parce qu’ils sont inquiets pour leur avenir, or la consommation est le moteur traditionnel de la croissance en France. Et comme l’investissement ne repart pas non plus, parce que les chefs d’entreprise sont eux aussi très pessimistes pour l’avenir, il n’y a pas vraiment de quoi pavoiser.

- François Hollande lui-même ne croit pas dans ses prévisions ?

Si, je pense qu’il est sincère. Je pense qu’il pense vraiment que nous sommes dans ce que les économistes appellent « un bas de cycle » et que les choses vont finir s’arranger. Et c’est sans doute cela qui est le plus inquiétant dans la situation actuelle, c’est ce qui est -à mon avis- une erreur fondamentale de diagnostic. La France n’est pas dans une crise conjoncturelle, elle est en train de décrocher de la compétition économique mondiale, parce qu’elle n’est pas assez compétitive. Et les quelques bonnes mesures prises depuis un an, crédit d’impôt pour les entreprises de main d’œuvre ou accord patronat/syndicats sur le marché du travail, ne sont absolument pas à la hauteur du problème. A chaque fois que François Hollande affirme que nous sommes au fond de la piscine et que nous allons bientôt remonter, les Français entendent ce qu’ils ont envie d’entendre : c’est-à-dire que nous allons nous en sortir sans réformes trop douloureuses. Ce qui est faux.

- Et devant les journalistes aujourd'hui, pour sa conférence de presse, un an après sa prise de fonctions, François Hollande continuera-t-il à tenir ce langage rassurant ?

Je pense que c’est là dessus qu’il faudra l’écouter avec le plus d’attention. Ou bien il nous refait le coup de son émission de télévision du 28 mars, vous vous souvenez : « tous les outils sont là », ce qui revient à dire que toutes les mesures ont été prises et qu’il faut juste être patient, ou bien il se mouille un peu, en fixant le cadre de la réforme des retraites ou en annonçant des économies concrètes dans la dépense publique. Ce qui signifierait qu’il n’est pas aussi optimiste qu’il veut bien le dire.

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