Par Benjamin Sportouch, journaliste àL'Express

Le gouvernement a pris soin de clore au plus vite le débat sur la dépénalisation du cannabis, après les déclarations de Vincent Peillon.

Et c’est bien dommage. Depuis le début du quinquennat, l’exécutif est atteint d’une « commissionnite » aigüe sur des sujets divers et variés…et souvent déjà vus. Celle par exemple sur la réforme des institutions dirigée par Lionel Jospin.

Mais qu’un problème de société apparaisse et il est aussitôt refermé, Pourtant, à épisodes réguliers, la question est soulevée. A gauche et aussi, ce fut le cas dans le passé, à droite. On ne s'en souvient guère mais en septembre 2003, c’est Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre, qui s’interrogeait sur la pertinence d’une solution uniquement fondée sur la répression. Même Nicolas Sarkozy proposait la même année d'assouplir les peines !

Le gouvernement aurait eu tout intérêt à ouvrir un débat national sur l’usage et la vente de cannabis. Peu importe l’issue : dépénalisation ou non, légalisation ou maintien de l’interdiction. Les différents acteurs, associatifs, médicaux, sociaux, auraient pu avancer leurs arguments favorables ou défavorables. Et ce, au regard des expériences menées à l’étranger. Bref, tous les éléments auraient été mis sur la table, publiquement et une bonne fois pour toutes.

- Pourquoi selon vous, l’exécutif a-t-il préféré s’abstenir ?

Officiellement parce que le sujet ne figure pas dans les engagements de campagne écrits de François Hollande.

Mais les vraies raisons sont ailleurs. D'abord, au fil des sondages, l'opinion publique ne varie pas : elle est très majoritairement opposée à toute dépénalisation. François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne veulent pas risquer d’aggraver un peu plus encore leur impopularité.

D'autre part, ils ont déjà ouvert deux autres fronts en matière de réformes sociétales. L'un, le mariage élargi aux couples homosexuels, est sur les rails. Et le projet a un avantage pour la gauche : il divise l'opposition. Ce qui n'est pas le cas du droit de vote des étrangers. La droite y est très majoritairement hostile. Tout comme sur cette question de dépénalisation. Il n'est donc pas dans l'intérêt de la majorité d'offrir à l'opposition un motif supplémentaire de se coaliser.

Mais dans les deux cas, c'est une vision court-termiste. Avec un effort de pédagogie, les Français auraient compris la nécessité, au moins, d'en débattre. Quant au duel droite-gauche, tout aurait été mieux que l'impression de cacophonie du gouvernement après les déclarations hier de Cécile Duflot, aujourd'hui de Vincent Peillon. Sans compter ce sentiment d'une capitulation devant une injonction de l'UMP d'enterrer le sujet.

La gauche a perdu une belle occasion de prendre la main, car elle avait du temps devant elle. Du temps électoral. Car il n'y aura pas d'élection avant le printemps 2014, donc pas de sanction immédiate à redouter. Dans cette affaire, elle a fait preuve d'une absence de vision de la société, au pire d'un manque criant de courage politique.

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