Par Romain Gubert du Point

Les aveux télévisés de Jérôme Cahuzac : « une prestation novatrice en France ».

Jérôme Cahuzac sur BFM TV
Jérôme Cahuzac sur BFM TV © radio-france

C’est un drôle de moment de télévision auquel nous avons assisté hier soir. Un homme qui se met à nu. Qui parle de sa « folie », de sa « part d’ombre », de son orgueil fou, de son ambition qui lui a fait perdre sa clairvoyance. Hier soir un homme passé au confessionnal. Dans cet étonnant moment de télévision, il y avait sans doute une stratégie de communication, générer de l’empathie pour au moins atténuer son statut de paria.

Mais l’exercice auquel nous avons assisté était extrêmement novateur. Il n’avait absolument rien à voir avec l’acte de contrition un peu cynique auquel s’est livré DSK après l’affaire de la suite 2806 sur un autre plateau de télévision. Pour la petite histoire, l’ancien patron du FMI et l’ancien ministre ont le même conseil en communication. Mais avec DSK, c’était raté. L’ancien patron du FMI affichait un détachement qui a choqué beaucoup de monde. Il a confessé du bout des lèvres « une faute morale ». Non seulement tout ça sonnait faux. Mais dans la foulée, dans la même émission, DSK a aussi délivré ses préceptes économiques, comme si de rien n’était. Sur le mode : maintenant que je vous ai un peu parlé de moi, parlons des choses sérieuses, ce qui a fait s’écrouler la prestation.

En quoi la confession de Cahuzac est-elle si novatrice ?

La France n’était pas habituée à ce genre de déballage 100% intime. Mais aux Etats-Unis, cela fait longtemps que se confier est normal quand on trébuche. Souvenez-vous, Lance Armstrong, le sextuple vainqueur du Tour de France qui reconnaissait s’être dopé. Il y a aussi eu Tiger Woods qui a raconté ses infidélités en détail. Mais, ce qui nous rapproche le plus de Cahuzac, c’est Bill Clinton. Certes, sa très grande faute – sa relation avec Monica Lewinsky n’aurait jamais fait l’objet d’un tel déballage en France. Mais Clinton avait surtout menti aux Américains. Une fois sa confession posée devant les téléspectateurs, c’est lui qui a tourné la page. Avec cette phrase : « Maintenant, cette affaire est entre moi, les deux personnes que j'aime le plus – ma femme et notre fille – et Dieu. Je dois réparer cela et je suis prêt à faire tout ce qui sera nécessaire pour y parvenir ». Ce genre de confession aux Etats-Unis permet de reconstruire entièrement l’image d’un personnage. Grâce à sa confession, Clinton est aujourd’hui « le vieux sage » de la politique américaine. C’est lui qui a fait le discours de lancement du second mandat de Barak Obama. Et sa cote de popularité chez les Américains est au plus haut. Je ne dis pas que c’est ce qui va se produire pour Jérôme Cahuzac. C’est une évidence, ses mensonges l’empêcheront sans doute à jamais de retrouver la confiance des électeurs. Mais sa prestation ouvre un champ nouveau de la communication politique : la confession télévisuelle. Maintenant que le processus est lancé, il faut aussi s’attendre à ce que des producteurs inventent des émissions de téléréalité où chacun pourra dévoiler ses petits secrets et demander pardon à sa femme, à ses enfants, à ses proches ou à son employeur. Comme c’est le cas aux Etats-Unis. Avec à la clef une récompense accordée – ou non, par le public que « Faute avouée soit à moitié pardonnée ».

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