Par Piotr Smolar, journaliste au quotidienLe Monde

Le mariage gay continue de mobiliser les foules ; ses partisans ont défilé hier.

Le 13 janvier, ce sera au tour des adversaires de manifester dans toute la France.

Les adversaires du mariage gay se plaignent d’être privés d’un grand débat. Mais le problème n’est pas l’absence de débat, il est même très vif. C’est que les deux positions sont irréconciliables, il n’y a pas de compromis possible.

Le mariage gay, c’est oui ou c’est non, et pas oui à 50 ou 70%. Le PACS remplissait déjà ce rôle transitoire. Cela dit, il ne faut pas dramatiser cette opposition. Les défilés seront sûrement importants le 13 janvier. Et alors ? Les élections démocratiques ont un sens. Le candidat François Hollande avait promis le mariage gay, il est normal qu’il tienne parole aujourd’hui. On peut d’ailleurs parier que si la réforme Taubira passe, la droite ne la remettra jamais en question. Pas plus qu’elle n’était revenue sur l’abolition de la peine de mort.

-Sauf que François Hollande aurait lui-même des réserves sur le sujet.

Les sujets sociétaux l’embarrassent, car ils divisent. On s’en est aperçu lorsqu’il a parlé de « liberté de conscience » des maires, avant de se rétracter. Son obsession de ne pas brusquer le corps social a eu l’effet inverse : la frustration générale. Les partisans du mariage homo lui reprochent de ne pas assumer la réforme. Quant aux opposants, ils ont perçu cette faiblesse de conviction comme un encouragement. Parmi ces opposants, il y a l’Eglise. Il est absurde de lui reprocher ses positions conservatrices. L’Eglise est conservatrice par essence : elle défend un ordre établi, une morale héritée d’une époque où elle était au milieu du village. D’où le refus, au Vatican, d’accepter le préservatif, malgré le sida. Au nom de l’amour, et de la fidélité dans le couple. C‘est aussi au nom de cette institution familiale que l’église catholique s’oppose à la réforme Taubira, quitte à mépriser la réalité, la généralisation du divorce et de l’homoparentalité. Et puis, rappelons cette évidence : de nombreux couples gays vivent dans la fidélité, et vieillissent ensemble. Fermer les yeux sur leur situation ne les fera pas disparaitre. La réalité, c’est aussi que le mariage gay progresse dans les pays dits occidentaux. Il devient même une ligne de partage, une balise, permettant de distinguer les sociétés tolérantes des autres. Cela dit, le vrai débat épineux, ce n’est pas le mariage homo, ni même l’adoption, qui en est le prolongement logique. C’est celui de la procréation médicalement assistée. Quelles limites pose-t-on, une fois admise l’égalité entre couples homos et hétéros ? Et que fait-on de l’étape médicale ultime, la sous-traitance de la grossesse, avec les mères porteuses et leur utérus à louer ? Ce débat nous concerne tous, au-delà de la différence des sexes, car il pose la question de la marchandisation du corps et d’un soit disant « droit à l’enfant ».

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.