Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

La prise d’otages en Algérie change-t-elle la donne de l’intervention française au Mali ?

prise d'otages occidentaux en algérie, à in amenas
prise d'otages occidentaux en algérie, à in amenas © reuters

Je crois qu’elle la complique considérablement. Nous avons assisté hier à deux évènements concomitants : la prise d’otage en Algérie bien sûr et, quasiment au même moment, l’engagement des soldats français dans des combats terrestres au Mali. Ce qui veut dire qu’en même temps que notre armée entrait de plein pied dans la guerre, celle-ci devenait internationale, les terroristes islamistes ouvrant en quelque sorte un nouveau front en Algérie.

Concrètement, cela signifie que les risques encourus par la France se sont brutalement accrus hier :

  • risque pour nos soldats, qui sont plus vulnérables au sol que dans des opérations aériennes,
  • risque terroriste sous toutes ses formes, avec des prises d’otages ou des attentats en dehors du Mali, sur le modèle de ce qui s’est passé hier dans le sud de l’Algérie.

  • Mais cela ne remet pas en cause le soutien de la quasi-totalité de la classe politique à l’action déclenchée par François Hollande.

Non et heureusement. L’armée française n’appartient à aucun camp politique, son action au Mali est légitime, toutes les conditions sont donc réunies pour qu’il y ait un consensus national sur ce dossier. Mais la droite commence déjà à exprimer ses réserves sur le thème : « oui » au principe de cette intervention, mais « non » à ses modalités.

Hier, Jean-François Copé évoquait à l’Assemblée le retard pris pour déclencher l’opération, Brice Hortefeux dans le Figaro de ce matin parle « d’impréparation ».

Plus préoccupant, Alain Juppé, dont la compétence en politique internationale est reconnue à droite comme à gauche, s’inquiète du déploiement des troupes françaises au sol, expliquant que « nous sommes confrontés à des risques extrêmement élevés et que nous sommes seuls ». Le même Juppé était ministre des Affaires étrangères pendant l’intervention française en Libye en 2011, mais celle-ci s’était strictement limitée à des engagements aériens, sans combats terrestres. Pour l’instant, les critiques de la droite se font mezza voce , mais si la situation s’enlise, l’opposition parlera beaucoup plus fort.

  • Comment peut réagir l’opinion française à ce conflit ?

Le jugement des Français dépendra bien sûr de la façon dont évolue le conflit et du nombre de ses victimes, mais pas seulement. Avec la crise, les Français se sont repliés sur eux-mêmes. Une étude du Cevipof, le centre de recherche de Sciences Po, qui vient de paraitre, montre que nos concitoyens sont beaucoup plus isolationnistes qu’il y a trois ans. Ils pensent massivement qu’il faut se protéger du monde d’aujourd’hui plutôt que de s’y ouvrir. Si François Hollande réussit à convaincre l’opinion que notre intervention au Mali protège la France, il sera soutenu. Mais si cette guerre apparait comme un facteur de déstabilisation supplémentaire, elle risque d’être vite impopulaire.

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