Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

No uveau scoop sur l’espionnage anglo-saxon : le Guardian révèle comment en 2009, au sommet du G20 à Londres, le gouvernement britannique a espionné les délégations étrangères. Après le programme américain Prism, faut-il avoir peur de ces grandes oreilles électroniques ?

Ecoute téléphonique
Ecoute téléphonique © Ol.v!er

Même si le scoop duGuardian est hallucinant dans ses détails, il faut rester calme. L’espionnage est vieux comme le monde. Ce qui change, ce sont les outils, et la possibilité de cibler un grand nombre de personnes privées. La différence de perception entre les Etats-Unis et l'Europe est fascinante.

L'idée de protection de la vie privée est très ancrée chez nous, alors que, du côté américain, la valeur prioritaire est la sécurité. Depuis les attentats du 11 septembre, le public accepte que les services disposent d'outils très larges pour prévenir de nouvelles attaques.

D'où le fameux Patriot Act voulu par George W.Bush, et renouvelé par Barack Obama il y a deux ans. Pour une majorité d'Américains, ces pouvoirs policiers exceptionnels et intrusifs sont un moindre mal. C'est le prix à payer pour que les bombes n'explosent pas, ou en tout cas que le risque soit moindre, puisqu’il y a eu Boston.

- Pendant ce temps, en Europe, la révélation du programme Prism a été perçue comme un scandale d'Etat.

Oui, la Commission européenne a demandé par exemple aux Etats-Unis un engagement ferme pour la protection de la vie privée. Mais il y a une confusion sur les termes du débat et une ignorance des technologies policières. Du coup, la boîte à fantasmes est grande ouverte. Or il faut le dire clairement : nous ne sommes pas tous sur écoutes. Ni même le dixième ou le centième d'entre nous. Imaginez le nombre de fonctionnaires, de petites mains qu'il faudrait, pour traiter en permanence le contenu des conversations ! Outre que ce serait illégal, c'est tout simplement impossible. En revanche, il existe une quantité faramineuse de données électroniques brutes qui sont stockées et peuvent servir éventuellement de source d'information, par exemple pour démasquer des activistes islamistes : ce sont nos transactions par cartes de crédits, nos géo-localisations, nos appels téléphoniques, nos connexions à Facebook, etc. On laisse des traces partout. A moins de se réfugier au fin fond de la forêt percheronne et de vivre de glands et de mûres, il en sera ainsi. C’est aussi ça, la mondialisation numérique.

  • Mais ça ne veut pas dire évidemment qu'il faut tout accepter.

    Surtout pas ! C'est aux politiques d'agir, sous la pression des citoyens. Le problème n'est pas forcément l'illégalité, même si elle peut arriver : c'est le secret, l'opacité totale. Il faut refuser de laisser la police se policer elle-même. Or la CNIL est trop faible. Il faut que les instances de contrôle indépendantes disposent de moyens pour traquer les dérives, non seulement des Etats mais aussi des corporations qui abusent de nos données personnelles.

Et en même temps, il faut rappeler cette évidence: Internet est aussi une zone de guerre. La guerre des états contre les terroristes et les criminels, mais aussi la guerre entre Etats, qui s'espionnent et s'attaquent entre eux, sans qu’on le sache forcément. Si on se désarme trop, on s'affaiblit. Donc on devient vulnérable.

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