Par Anna Cabana, Grand reporter au Point

Retour sur le Style de François Hollande.

Je pourrais gloser sur le manque de charisme, d’incarnation, bla bla bla. Mais ce qui est intéressant, c’est l’étau stylistique dans lequel Hollande est pris. Il est coincé entre Mitterrand, son modèle, et Sarkozy, son anti-modèle. Entre son obsession de faire du Mitterrand –il a tout de même demandé à son ami Bernard Poignant, historien et maire de Quimper, de ciseler sa statue de son vivant– et son obsession de se démarquer de Sarkozy. J’étais à Dakar pour suivre son premier déplacement en Afrique, en fin de semaine dernière. Le vrai fil rouge de son discours devant l’Assemblée nationale du Sénégal, c’était de prendre le contrepied du discours de Sarkozy en 2007 et de cette fameuse phrase: « L'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. » Les conseillers diplomatiques de Hollande m’ont avoué avoir lu et relu ce discours « lyrique et littéraire » -ce sont leurs mots- pour s’en servir de contre-modèle.

  • De ce point de vue là, ce discours était-il réussi ?

Ah, Hollande ne fut ni lyrique ni littéraire ! Mais contrairement à ce que prétend le communiqué du Bureau national du PS publié hier, il n’a pas présenté « une nouvelle doctrine. » Il s’est contenté de répondre à Sarkozy. L’un –Sarkozy- a dit : « L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » ; l’autre –Hollande– a répondu : « Les Africains ont pris leur destin en main. »

Mais le discours de Hollande était tellement technocratique – avec de longs passages sur les accords de partenariat économique, les contrats dans le secteur minier et les infrastructures - que les parlementaires ont applaudi de façon à peine polie. A la fin, quand Hollande a remercié le Sénégal pour « la chaleur de l’accueil », il y a eu des petits rires dans les tribunes: « Où voit-il de la chaleur ? », s’est moquée une dame à côté de moi. Hollande, pourtant, sait être un bon orateur. Mais à trop vouloir faire l’inverse de Sarkozy, il n’arrive pas à faire du Hollande.

  • C'est-à-dire ?

Il n’a pas -encore ?- trouvé son style, Hollande. Quand il va à Echirolles, on dit qu’il fait du Sarkozy. Quand il prend le train, on dit qu’il fait l’inverse de Sarkozy. C’est vrai que ce n’est pas facile d’arriver après Sarkozy. «Sarkozy a tellement joué de rôles de président en cinq ans qu’il a usé tous les personnages, décrypte un dirigeant socialiste. Hollande ne peut pas avancer sabre au clair, Sarkozy l’a trop fait ; il ne peut pas avoir l’air martial, Sarkozy l’a trop fait. » Hollande se cherche un genre. Lui qui était si accessible a décidé que, pour faire président, il ne devait « plus être trop proche des gens » ; lui qui aime tant les journalistes s’efforce de les prendre de haut. Quitte à forcer le trait : il a invité une demi-douzaine de journalistes dans son avion pour aller en Afrique et une autre demi-douzaine pour en revenir, mais au lieu de les convier dans son salon pour les gratifier de confidences à sa gloire –ce qui est l’usage-, il est venu leur parler 5 mini-minutes avant le décollage, et puis ils ne l’ont plus vu jusqu’à l’atterrissage. De l’art de provoquer une situation frustrante, alors qu’il aurait pu, puisqu’il ne voulait pas parler, les laisser voyager avec leurs confrères dans l’avion de la presse. Sarkozy, lui, savait traiter les –rares- journalistes qu’il faisait –parfois- venir dans son avion…

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