Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

Rendons hommage au « courage du gouvernement en matière écologiste »

Hommage, hommage, n’allons pas trop vite ! Mais on veut y croire, à ces engagements pris par François Hollande et le gouvernement, à l’occasion de la conférence environnementale. Bien sûr, ils ne sont pas de la même force. L’idée de créer une Communauté européenne de l’énergie, par exemple, ou bien celle d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe, déjà promue par Nicolas Sarkozy, ça ressemble à des vœux pieux. Ils risquent d’exploser très vite contre le mur des intérêts nationaux.

Cela dit, François Hollande a pris deux engagements très importants, et il sera jugé à cette aune. Le premier concerne l’efficacité énergétique. L'objectif fixé par le chef de l'Etat est de rénover un million de logements par an, moitié neufs, moitié anciens. C’est un plan très ambitieux, au coût considérable. Mais l’enjeu est essentiel.

Dans nos banlieues, on a consacré des dizaines de milliards d’euros au plan de rénovation urbaine, pour abattre les immeubles taudis. Il faut faire la même chose pour l’environnement. Afin de réduire nos besoins énergétiques, il faut mieux isoler nos logements. Nos factures et nos émissions de gaz à effet de serre en baisseront d’autant.

- Quel est le deuxième engagement crucial ?

C’est le moratoire décidé par le chef de l’Etat sur le gaz de schiste. Le débat sur cette nouvelle source d’énergie a lieu dans le monde entier, d’autant que la fin du pétrole menace. Les Etats-Unis et la Chine, notamment, disposent d’immenses réserves. En Europe, la Pologne s’est lancée à corps perdu dans cette aventure.

On sait que le sol français est riche aussi en gaz de schiste, même si personne ne connaît l’ampleur exacte de ses réserves. Une chose est sûre : avec la crise économique et budgétaire, les pouvoirs publics sont sous forte pression, à la fois syndicale et patronale. On nous parle d’emplois à sauver ou à créer, comme si l’environnement était un caprice de petit bourgeois. De puissants lobbys industriels se drapent dans le bon sens. Ils nous disent : ne soyons pas idiots, on est assis sur un tas d’or, il faut juste le ramasser ! Et puis regardez vos factures, c’est ça que vous voulez ?

Ca parait logique, mais c’est lourd de menaces. Notamment celle de transformer notre sol en gruyère et de polluer les nappes phréatiques à cause du processus d’exploitation utilisé, la fracturation hydraulique. Très sagement, François Hollande a gelé le débat, en attendant de voir si une alternative scientifique moins risquée apparaît un jour. Il a bien compris que la transition énergétique ne pouvait pas être une fuite en avant.

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