Par Guillaume Roquette, directeur du Figaro Magazine

Manifestation, hier soir encore, devant l’Assemblée Nationale et il y en aura d’autres. A quoi sert ce genre de rassemblement ?

des anti-mariage gay saisissent le défenseur des droits
des anti-mariage gay saisissent le défenseur des droits © reuters

Le mouvement a muté, il s’est fragmenté. Depuis une semaine, on assiste tous les jours à ces manifestations locales plus ou moins improvisées, voire clairement sauvages et qui réunissent au maximum quelques milliers de personnes. On est loin des deux grandes manifestations du 13 janvier et du 24 mars dont il faut rappeler qu’à dix semaines d’intervalle, elles ont représenté les deux plus grands rassemblements civiques de ces trente dernières années. C’est un moyen pour les organisateurs de la Manif pour tous de maintenir la pression entre les grands rassemblements, le prochain étant organisé dimanche à Paris. C’est aussi un moyen de mobiliser un public différent : plus familial pour ces grandes manifs, plus jeune, plus urbain, voire plus nerveux pour les manifs locales.

Les dernières manifestations ont donné lieu à des débordements. Des parlementaires ont été pris à partie.

Des parlementaires, aussi des ministres qui sont gênés dans leurs déplacements en province. Personne n’est au-dessus des lois. S’il y a des infractions ou des violences, elles doivent être sanctionnées. On peut quand même être surpris par le zèle que met la police à réprimer les opposants au projet Taubira. Je vais vous donner un exemple : lundi dernier, il y a eu des heurts violents à Notre-Dame-des-Landes, entre les opposants au projet d’aéroport et les forces de l’ordre. Trois gendarmes ont été blessés. Il y a eu deux gardes à vue. La veille, il y a avait eu une manifestation, non violente, à Paris, contre le mariage gay. Bilan : 67 gardes à vue. Autre exemple : quand des salariés de PSA envahissent le conseil national du PS samedi dernier, obligeant le premier ministre à quitter précipitamment les lieux sous protection policière, personne ne bouge à gauche. Mais quand il y a des débordements dans une manif contre la loi Taubira, Harlem Désir, le patron du PS, parle de « groupes fascisants ». Comme s’il y avait des bons et des mauvais manifestants ?

Il y a tout de même parfois en marge de ces manifestations des groupuscules : le GUD, le Renouveau Français, le Bloc identitaire ou encore les « jeunesses nationalistes » liées à l'extrême droite la plus dure ?

C’est évident, et vous avez raison quand vous employez le terme de marge. Et je crois que le danger ce serait de confondre ces dérives qui doivent évidement être sanctionnées y compris durement et la masse du mouvement qui est pacifique. On imagine mal des personnalités comme Christine Boutin, Jean-Pierre Raffarin ou les représentants des grandes religions soutenir des extrémistes armés de matraques.

Cette loi devrait être adoptée mardi prochain. Les opposants devront s’incliner, c’est la démocratie.

Tout le problème est celui de la légitimité de cette loi. Bien sûr il y a le calendrier parlementaire. Mais ceux qui combattent la loi considèrent que François Hollande n’a pas reçu un mandat de ses électeurs pour faire ce que Christiane Taubira elle-même appelle une « réforme de civilisation ». Ils considèrent que cette loi bouleverse trop profondément la société pour être votée à la va-vite, vous avez vu l’accélération du calendrier, par une majorité qui a aujourd’hui perdu la confiance des trois quarts des Français. En plus, si l’on en croit les dernières études d’opinion, les Français sont désormais majoritairement opposés à l’adoption pour les couples homosexuels, et même peut-être opposés au mariage selon un dernier sondage CSA pour le Parisien de vendredi dernier. Evidemment, ce changement dans l’opinion renforce encore la motivation des opposants. Et puis, ceux-ci considèrent que même si la loi est votée ça ne signifie pas pour autant qu’ils ont perdu. Ils ont en tête deux précédents : celui de la loi sur l’enseignement libre, en 1984, ou la loi sur le CPE, le Contrat Première Embauche, en 2006. Deux lois qui avaient déjà été votées et qui pourtant ont été retirées face à la mobilisation de la rue. C’est pour cela, qu’à mon avis, on n’en a pas fini avec les manifs.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.