Par Piotr Smolar, journaliste au quotidienLe Monde

François Hollande à Toulouse
François Hollande à Toulouse © EPA/MAXPPP / GUILLAUME HORCAJUELO

François Hollande traverse une très mauvaise passe dans les sondages, sa cote de popularité est tombée à 31% selon le baromètre mensuel Clai-Métro-LCI d’Opinion Way. Quelles leçons devrait-il en tirer ? Il n'y a aucune raison de s'en étonner, vu la crise financière, industrielle et politique que nous traversons. On peut même parier sans trop de risque, puisque c'est invérifiable, que n'importe quel autre responsable, de gauche ou de droite, connaîtrait à peu près les mêmes affres à l'Elysée. Le problème de François Hollande n'est pas son impopularité. C'est qu'il est illisible. Ses mots n'impriment pas. A force de louvoyer, d'avancer d'un pied et de reculer de l'autre, on n'a pas la moindre idée de quelles sont ses ambitions réformatrices, à part couper cinq milliards ici ou là dans les dépenses de l'Etat. François Hollande aurait été un excellent président par temps de croissance, quand la machine économique ronronne, les emplois se multiplient, les ménages consomment avec optimisme. Il incarne dignement la fonction présidentielle, il a réintroduit de la sérénité dans le pratiques du pouvoir, il mène une politique étrangère pragmatique. Seulement voilà… - C’est la crise et nous ne sommes pas du tout dans une période de prospérité.

Effectivement, et on se demande parfois si l'Elysée mesure qu'il est minuit en Europe. L'ancien patron du PS a le culte des équilibres. De façon chiraquienne, il veut à tout prix éviter de brusquer le corps social français. Mais ce corps, il est déjà secoué, il souffre, il se crispe ! Moins qu'ailleurs ? Peut-être. On sait bien que l'austérité dépend de sa posologie. Il y a des pays dévastés, comme la Grèce, et d'autres comme la France, où par exemple les salaires n'ont pas été baissés dans la fonction publique. L'Elysée a raison de s'en féliciter. Mais cette stratégie de François Hollande est aussi perçue, à tort ou à raison, comme une faiblesse, comme une absence de conviction, de vision. Dire qu'on travaille sur le long terme n'est audible que si on fait aussi des choix francs, voire radicaux, sans se soucier de l'impopularité. - Je sens que vous allez reparler de la réforme fiscale… Ca fait trois ans que je répète à cette antenne que ça devrait être le mur porteur du retour de la gauche au pouvoir. L'impôt en France est devenu illisible, injuste et impopulaire. On ne sait plus qui paie quoi, à quelle hauteur et à quelle fin. Il ne reste que le sentiment d'une montée des eaux fiscales, alors que droite et gauche nous assurent que les impôts n'augmentent pas. Mais voilà, François Hollande a refusé de s'emparer de ce sujet, et notamment de la fusion entre l'impôt sur le revenu et la CSG. Il a fait comme ses prédécesseurs : il a saucissonné, en se concentrant sur les fameux 75% pour les plus riches, aux effets secondaires redoutables. La réforme fiscale, c'est la mère de toutes les réformes, mais aussi la plus dure, la plus risquée à mener. L'impôt nous lie comme citoyens, il nous oblige, il nous cimente. Lorsqu'on le fragmente, on fragmente aussi la société. Et ça, c'est bien plus grave que les sondages à la baisse.

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