Par Guillaume Roquette directeur de la rédaction duFigaro Magazine

J’ai été proprement fasciné par l’optimisme du Président de la République. Que nous dit François Hollande : que nous sommes tout près de la sortie de la crise dans la zone euro, que celle-ci ne risque plus d’éclater. Il dit même que l’on pourra régler « définitivement » la situation de la Grèce d’ici la fin de l’année !

L’avantage de l’Europe pour un responsable politique, c’est que c’est un sujet compliqué, hyper technique, auquel le citoyen moyen ne comprend pas grand-chose. Nicolas Sarkozy l’avait bien compris : après chaque sommet, il expliquait qu’il avait sauvé l’euro, que tout allait s’arranger, et les Français le croyaient, jusqu’à ce qu’il faille organiser en catastrophe un nouveau sommet de la dernière chance parce que rien n’était réglé.

Mais revenons à François Hollande. Comment peut-il se montrer aussi optimiste alors que la zone euro, à part l’Allemagne, est au bord de la récession ? Comment peut-il affirmer que la situation grecque sera bientôt réglée alors que ce pays s’avère incapable de redresser ses finances publiques. L’optimisme du Président de la République n’est pas crédible.

- Vous pensez qu’il se trompe ou qu’il ne croit pas ce qu’il dit ?

Je crois surtout qu’il n’a pas le choix. Les pays à risque de la zone euro, Grèce, Espagne, Portugal, Italie, n’ont réglé aucun de leurs problèmes. Les énormes transferts d’argent vers ces pays en crise (déjà 1000 milliards d’euros au total, si vous additionnez les prêts, les aides et les interventions de la BCE) ont été inefficaces. Mais François Hollande ne peut pas le reconnaître, sous peine d’affoler les créanciers de la zone euro. D’où ce discours artificiellement optimiste.

Vous noterez d’ailleurs qu’il joue la même partition sur le plan intérieur. Il nous promet 0,8% de croissance l’année prochaine, l’inversion de la courbe du chômage d’ici à un an etc.

- Le Président de la République évoque aussi une union politique en Europe, dont il fixe l’échéance après les élections européennes de 2014.

L’Union politique, c’est le serpent de mer de la construction européenne. Elle consiste à priver les Etats de leurs prérogatives politiques pour les donner à l’Europe, dans un cadre fédéral ou confédéral.

Angela Merkel est très demandeuse de cette intégration. Pour l’Allemagne, c’est un moyen de mieux contrôler les pays dépensiers qui ont laissé filer leurs déficits et comptent maintenant sur Berlin pour les renflouer.

Seulement voilà, les peuples européens, eux, ne veulent pas de cette union politique. En 2005, les Français ont dit non au projet de Constitution qui allait dans cette direction. Et jamais l’Union européenne n’a été aussi impopulaire qu’aujourd’hui.

Comment faire pour ne pas mécontenter Mme Merkel sans prendre de front les électeurs ? En tergiversant, en remettant le sujet à plus tard. C’est ce que fait François Hollande avec cette échéance de 2014.

Angela Merkel sera-t-elle dupe ? On en saura plus demain, à l’issue du Conseil européen.

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