Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazine L'Express

Hôtel de Matignon
Hôtel de Matignon © marsupilami92

Oui et ce n’est pas le moindre des paradoxes : la fonction de Premier ministre n’a plus le même poids politique que par le passé, mais elle suscite toujours autant de convoitises. De Manuel Valls, par exemple, qui se démultiplie dans les médias et cache de moins en moins, en privé en tout cas, que le poste ne lui déplairait pas.

Un autre ministre qui fut aussi candidat à la primaire socialiste se sent pousser des ailes : il s’agit d’Arnaud Montebourg. Sauf que s’il devient « le ministre des plans sociaux », il risque de se disqualifier.

Une femme est également dans la course, Marisol Touraine. La ministre des Affaires sociales s’est même permise, au cœur de l’été, de donner quelques conseils, plus ou moins aimables, par presse interposée, à Jean-Marc Ayrault.

Sans compter les non-politiques. Récemment un responsable socialiste me glissait le nom de Pascal Lamy, le patron de l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce, parce que ce quinquennat est « le quinquennat de l’économie » et donc nécessite des experts en la matière.

Vous voyez, la liste est longue et pourtant, elle est loin d’être exhaustive.

  • Ce foisonnement de postulants potentiels, c’est à la fois un avantage et un inconvénient pour François Hollande

En effet, l’existence d’un tel vivier donne la possibilité au chef de l’Etat de remplacer son Premier ministre quand bon lui semblera. Le chef du gouvernement redevient ce fusible bien utile quand le président est en danger.

En 2010, Nicolas Sarkozy s’était retrouvé coincé. En occupant tout le terrain, il avait empêché l’émergence de personnalités fortes. Et du coup, faute de solutions de rechange convenables, il n’avait eu d’autre choix que de reconduire François Fillon à Matignon.

François Hollande ne se retrouvera pas dans la même impasse politique. Revers de la médaille en revanche : avec autant de candidats à sa succession, c’est l’autorité de Jean-Marc Ayrault qui peut se trouver de plus en plus entamée. Si des ministres se sentent déjà légitimes à remplacer leur chef d’équipe, ils ont tout intérêt à glisser quelques obstacles supplémentaires sur une route déjà bien sinueuse.

D’où, certainement, le reportage hier soir dans le 20 heures de France 2 sur le fonctionnement au quotidien du couple de l’exécutif. Dans une mise en scène très calculée, frôlant la caricature, le chef de l’Etat a tenté de vanter les qualités de leadership de son Premier ministre. Sauf que l’effet est loupé. Car ce qu’on en retiendra surtout, c’est que Jean-Marc Ayrault n’est pas là pour tout le quinquennat. François Hollande l’a clairement souligné. Et l’un des arguments avancés par le Président est que le maintien de François Fillon « n’a pas réussi » -ce sont ses mots– à son prédécesseur.

Une déclaration qui ne facilitera pas la tâche de l’actuel locataire de Matignon et qui va animer un peu plus encore le bal des premiers ministrables.

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