Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaire Le Point

José-Manuel Barroso
José-Manuel Barroso © Radio France

Les déclarations de José Manuel Barroso qui a jugé « réactionnaires » les positions de la France sur « l’exception culturelle » dans les négociations de libre-échange transatlantique.

Je ne vais pas revenir en détail sur ce qui n’est absolument pas une gaffe. Barroso pense réellement ce qu’il a dit. La position du gouvernement français est « réactionnaire », dit-il. Et il le pense même si aujourd’hui, il se justifie en expliquant qu’il a été mal compris et que ce n’était pas tout à fait ce qu’il voulait dire. Qui peut le croire ?

En réalité, il a bien validé ces propos. Je vous le dit avec certitude pour avoir réalisé plusieurs interviews du président de la Commission européenne ces dernières années. Barroso est un expert en langue de bois. Il exige de relire et de corriger avant publication les entretiens qu’il accorde à la presse. Et son porte-parole est un Français.

Ses déclarations, au-delà du débat sur l’exception culturelle, posent un vrai problème. Elles abiment tout simplement l’Europe, son esprit, son fonctionnement et ses institutions. Or, celle-ci, ces jours-ci, n’a vraiment pas besoin de cela.

  • En quoi les institutions européennes sont elles particulièrement malmenées en ce moment ?

Cela fait des années que les politiques nationaux utilisent l’Europe comme bouc-émissaire. « C’est la faute à Bruxelles ! ».

Promenez-vous ici ou là dans toutes les capitales européennes, c’est devenu le slogan des hommes politiques de gauche et de droite chez les 27. Des populistes comme des plus démocrates. L’austérité ? C’est Bruxelles. L’ouverture des frontières ? C’est Bruxelles. La vache folle ? Bruxelles encore. La finance folle, les normes en tout genre, la remise en cause du modèle social : Bruxelles ! Encore et toujours Bruxelles.

La vérité vraie, c’est que jusque là, il était très rare que le président de la Commission s’affronte à un Etat membre. Les doctes propos des commissaires sur l’austérité ou sur les réformes prenaient des allures de recommandations, la commission pointait du doigt les mauvais élèves. Mais le ton n’était pas celui de l’invective. Même Jacques Delors, à l’époque où il avait la pleine confiance de l’Allemagne et de la France et où la Commission avait encore un peu de pouvoir, ne se serait jamais permis de prendre de front un Etat en traitant les uns ou les autres de « réactionnaires ». L’Europe a souvent connu des crises. Mais les affrontements étaient générés par les Etats. C’était la Commission qui jouait le rôle de médiateur et arrondissait les angles. La sortie de Barroso est donc extrêmement dangereuse pour l’Europe elle-même.

-Dangereuse pour l’Europe ! C'est-à-dire ?

Vous avez suivi ce qui s’est passé pendant la crise ? La Commission européenne a tout simplement disparu. Ce sont les Etats et bien sûr la BCE, la Banque centrale européenne, qui ont géré la crise. Pas la Commission. Sur la Syrie, elle n’existe pas ! Sur le social, elle a disparu ! Sur l’économie, elle se contente de jouer au gendarme. Et ainsi de suite…

Je ne sais pas si la France est réactionnaire ou pas. En revanche, ce qui est sûr, c’est que Barroso a perdu une occasion de se faire tout petit. Lorsqu’il est devenu commissaire européen, il a prêté serment et juré de servir « l’intérêt général européen ». Il aurait mieux fait de se taire. Au nom justement de cet intérêt général européen.

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