Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

Ce ma tin tout le monde se demande qui a vraiment gagné les élections à la tête de l’UMP, hier.

Il n’y a aucun vainqueur dans le psychodrame hallucinant que nous avons vécu la nuit dernière. En dix minutes, les deux adversaires, Jean-François Copé et François Fillon, ont proclamé leur victoire.

Le premier a brutalisé le processus démocratique, sans attendre le résultat de la commission de contrôle. Préférer la force au droit, drôle de goût pour un aspirant à l’Elysée. Nous verrons comment ce bras de fer à quelques dizaines de voix près va se dénouer, mais le grand perdant, c’est l’UMP. Normalement, dans la vie d’un parti, une consultation de militants ou des primaires sont des moments forts où le parti se revitalise. Or l’UMP, elle, se retrouve affaiblie. La voilà engagée dans une crise existentielle.

Il y a d’abord des accusations mutuelles de bourrage d’urne. Vous me direz, le PS a aussi connu son lot de fraudes, qui ont sans doute empêché Ségolène Royal de prendre sa tête fin 2008. Mais depuis, il y a eu des primaires impeccables.

2ème fragilité : l’UMP est fracturée en deux. Il est faux de dire que l’affrontement Copé/Fillon se résumait au choc de leurs ambitions. Il y avait aussi des divergences sur la ligne idéologique et la façon de s’opposer. Enfin, pour mesurer l’affaiblissement de l’UMP, il suffit de réfléchir à qui profite ce résultat confus. Le vainqueur d’hier, c’est Nicolas Sarkozy, recours éventuel. C’est Jean-Louis Borloo, qui voit s’ouvrir un boulevard auprès de l’électorat du centre et de la droite modérée. C’est le Front national, qui peut se frotter les mains en constatant les penchants très droitiers de la base de l’UMP. C’est enfin François Hollande, bien content de la crise existentielle de l’UMP. Ca lui rappelle sans doute le PS après 2002.

  • Vous évoquiez la base de l’UMP, très divisée, et sa tentation de la droite dure. Que nous dit le résultat d’hier à ce sujet ? Il y a le résultat général, très équilibré entre les deux candidats, mais il y a aussi les images télévisées des militants. Presque exclusivement des personnes âgées, des blancs. Je serais ravi de lire une étude précise sur le profil des votants. Mais il est clair qu’ils constituent une frange très restreinte de la société française. C’est la face sombre de la campagne interne: le risque d’une contraction du public de l’UMP.

    C’est surtout vrai pour Jean-François Copé. A l’instar du mouvement des « Tea party » aux Etats-Unis, qui ont déporté le Parti républicain vers la droite réactionnaire et anti-étatiste, la ligne Copé porte les germes de la division, et non du rassemblement. Elle mise sur les recettes de Patrick Buisson. L’idéologue talentueux de la droite sarkozyste sait mettre en musique les peurs réelles de beaucoup de Français, qui se sentent menacés dans leurs emplois, dans leurs références culturelles et religieuses.

    Le problème est que l’UMP veut être le parti phare de l’opposition. Et non une succursale du Front national.

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