Par Anna Cabana, Grand reporter à l'hebdomadaire Le Point

Hier soir, seuls Jean-François Copé et François Fillon ont deposé les parrainages leur permettant d’être candidats à la présidence de l’UMP. C’est l’heure d’un premier bilan.

Une première campagne est finie. A ce stade, le grand gagnant, c’est François Fillon. Ça faisait des semaines que Jean-François Copé montrait les muscles en jurant qu’il aurait plus de parrainages que Fillon, qu’il allait l’ « écrabouiller », disait-il, parce qu’on allait voir ce qu’on allait voir : le candidat des militants, c’était lui ; Fillon n’était que le candidat des sondages. Oui mais voilà. A ce petit jeu-là, c’est celui qui a le moins frimé qui a gagné, en prenant l'autre par surprise. C’est la réponse du berger à la bergère.

- Et le berger, c'est François Fillon ?

Hé oui. C’est d'autant plus amusant que, soyons clairs, cela va prendre du temps de vérifier le nombre exact de parrainages. Et quand ce sera fait, si c'est fait, cela ne sera plus le sujet. L'important, c'était d'être le plus rusé hier. Et le plus rusé, c'est Fillon. Copé a abattu son jeu trop tôt, en annonçant, hier matin, sur i-télé, qu’il avait réuni plus de 30 000 parrainages. Fillon n’attendait que ça : que son rival donne un chiffre. Il a pu s’offrir le luxe, l’après-midi, d’annoncer qu’il avait, lui, reçu 45 000 parrainages, soit 50% de plus que ce que Copé avait annoncé quelques heures plus tôt. Fillon a pris Copé à son propre jeu, il lui a fait une prise de judo, comme dirait Sarkozy, qui avait l’art d'utiliser la force de son rival pour la retourner contre lui.

  • Copé, pris de court, a même évoqué la possibilité de demander un recomptage des parrainages devant huissier. Quant à Sarkozy, au final, que pense-t-il de cette rivalité "Copé/Fillon" ?

Officiellement, il est au-dessus de tout ca, mais, en privé, il est de loin le Français qui s'intéresse de plus près à la guerre Copé-Fillon. Il pense que Fillon va gagner mais il préfèrerait, a-t-il confié à un de ses visiteurs début septembre, que la victoire de son ancien premier ministre ne soit pas écrasante. Parce qu'alors Fillon serait auréolé d'une légitimité qui rendrait plus difficile son retour à lui, Sarkozy – or il ne pense qu'à ca, même s'il se rase beaucoup moins qu'avant... Il ne veut pas que Fillon l’empêche de revenir comme Barre avait empêché Giscard.

- Avantage Fillon, donc. Est-il le seul gagnant de cette séquence ?

L’autre gagnant, c'est Xavier Bertrand, qui a réussi l'exploit de faire de sa non-candidature à la présidence de l'UMP un évènement politique. Il n'a pas fait, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire ou Henri Guaino, un petit tour et puis s’en va, faute de parrainages.

Au contraire : il a assuré 1) qu'il avait les signatures 2) qu'il ne voulait pas diviser son camp et 3) il a pris date pour la suite en se déclarant candidat à la présidentielle. Le tout en s'affranchissant de Sarkozy - ce que Fillon ne fait que prudemment et ce que Copé ne fait plus du tout. Ce joli coup politique de Bertrand n'a pas échappé à l'Elysée - un conseiller de Hollande m'a dit que Bertrand était ''le plus habile à droite''. Sarkozy excepté, bien sûr...

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