Par Romain Gubert, journaliste au quotidienLe Point

Les non-dits de François Hollande en matière économique et budgétaire.

françois hollande devra revoir ses prévisions 2013 et la trajectoire budgétaire du quinquennat
françois hollande devra revoir ses prévisions 2013 et la trajectoire budgétaire du quinquennat © reuters

Vous le savez, la France ne tiendra pas ses engagements européens. Le pays ne respectera pas les fameux 3% de déficit budgétaire qu’il s’est engagé à tenir. La faute à la croissance quasiment nulle, la faute aux rentrées fiscales pas assez abondantes, la faute aux programmes sociaux dans lesquels il serait suicidaire de couper en période de crise. Et la faute aussi, peut-être, à cette politique de rigueur dont personne ne parle. Et pour cause… Elle est aux antipodes de ce que prônait le Président de la République lorsqu’il n’était que candidat. Pour lui, sans relance, il n’y avait point de salut pour l’économie.

Seulement voilà… Le problème de François Hollande, c’est qu’il ne veut pas dire aux Français qu’il a tout changé. Qu’il n’a plus les moyens financiers de faire de la relance et que depuis son élection, il mène en réalité une politique de rigueur. Dans quelques jours, il va même devoir davantage serrer la vis. Tailler dans les budgets de ses ministères, couper dans certaines allocations, augmenter tel ou tel impôt… Certes c’est de la rigueur « soft » par rapport à ce qui se fait en Espagne, en Italie ou en Grèce où Hollande était hier. Il n’y a pas de réformes brutales. Mais, la politique du gouvernement consiste d’abord à manier la calculette pour tailler –un peu- dans les dépenses et augmenter –beaucoup- les rentrées fiscales. Cette politique s’appelle de la rigueur. Partout… Sauf en France…

- Mais pourquoi François Hollande n’annonce pas clairement la couleur en affirmant qu’il mène « une politique de rigueur »?

Attention ! C’est le mot à ne pas prononcer. Michel Sapin, le ministre du Travail s’y est risqué il y a quelques jours en expliquant que « l’Etat était totalement en faillite ». Chut…

Il s’est fait remonter les bretelles. « Rigueur », cela fait partie des mots qu’on n’a pas le droit de dire. François Hollande qui avait pourtant expliqué en mai dernier que son premier devoir serait de dire aux Français la vérité a depuis longtemps endossé les habits de François Mitterrand qui, à l'Élysée, ne perdait jamais des yeux cette maxime du cardinal de Retz : "On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment." La vérité, c’est qu’en politique, il ne faut –justement- jamais dire la vérité. François Hollande préfère faire croire aux Français qu’il mène le pays grâce à une politique qui n'est ni tout à fait de la relance ni tout à fait de la rigueur…

- Pourquoi ce non-dit ?

Souvenez-vous de François Fillon « à la tête d’un Etat en faillite», de Raymond Barre ou de Michel Rocard qui s'assumait comme un « briseur de rêves ». Ils avaient choisi de tout dire aux Français de la situation du pays. Des postures dignes, morales, mais qui, politiquement, n'ont jamais payé. Aujourd’hui, l’Etat est évidemment à deux doigts de la faillite comme le dit Michel Sapin ou avant lui François Fillon… Mais ce ne sont que des gaffeurs. Il ne faut surtout pas rompre la théorie de malédiction de la vérité en politique. Et ne pas dire la vérité. Et ne pas parler de rigueur.

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