Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction duFigaro Magazine

majorité et opposition divisées sur la transparence
majorité et opposition divisées sur la transparence © reuters

Les députés sont en train de voter la loi sur la transparence de la vie publique. Mais ils ne montrent guère d’enthousiasme.

Qu’ils soient de gauche ou de droite, ils trainent des pieds pour la plupart. Parce qu’ils n’ont aucune envie de rendre public leur patrimoine.

Et à mon avis, ils ont raison : tout le monde sait très bien qu’aucun parlementaire, comme d’ailleurs aucun ministre, n’avouera sur sa déclaration qu’il a un compte en Suisse ou ailleurs.

Donc, cette loi ne sert à rien techniquement. C’est l’exemple type de la loi de circonstance écrite sur un coin de table pour détourner l’attention de l’opinion, en l’occurrence pour faire oublier le scandale Cahuzac. (Précisons tout de suite que ce genre de pratique n’a pas été inventé par François Hollande, Nicolas Sarkozy y avait déjà largement recours).

Mais, ce qui est plus grave, c’est que cette loi ne sert à rien non plus politiquement. C’est-à-dire qu’elle ne redonne pas confiance aux Français dans leur classe politique. Regardez ce qui s’est passé dimanche, dans la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot. Transparence ou pas transparence, le seul gagnant du premier tour, c’est le Front National, qui a même éliminé le candidat socialiste.

Regardez ces députés qui ont appelé hier à l’abolition de ce qu’ils appellent eux même « leurs privilèges ».

Regardez ces affaires politico-judiciaires qui rebondissent tous les jours…

Le moins que l’on puisse dire est que le climat politique n’est pas à la confiance. Il est aussi plombé que la météo.

  • Pourtant, le pouvoir montre l’exemple. Les ministres ont tous rendu public leur patrimoine.

C’est vrai, et on ne redira jamais assez que l’immense majorité de nos responsables politiques sont parfaitement honnêtes. Mais ce n’est pas ça le problème.

Vous pouvez voter tous les textes vertueux de la terre sur la transparence des patrimoines ou sur le non cumul des mandats ou sur la parité, cela n’endiguera pas la défiance croissante envers les partis de gouvernement et la montée du FN.

Et les politiques se trompent en pensant qu’ils vont se faire aimer en montrant combien ils sont honnêtes et désintéressés.

Les Français ne s’intéressent plus aux postures et aux grandes déclarations, ils attendent des résultats. Même la parole du Président de la République ne porte plus, comme en témoigne l’audience catastrophique de François Hollande dimanche soir dernier à la télévision.

  • Quand le Chef de l’Etat rappelle dans cette émission qu’il a baissé son salaire, cela ne sert à rien ?

Selon moi, à rien du tout. Les Français ne veulent pas que François Hollande s’appauvrisse, ils attendent de lui qu’il enrichisse le pays. La crise de confiance qui éloigne le peuple des gouvernements, en France comme en Espagne ou en Italie ou en Grèce n’est pas une crise de la morale politique, c’est une crise de l’efficacité politique. Et d’ailleurs François Hollande sait très bien : le seul élément sur lequel il compte pour reprendre l’avantage, c’est l’inversion de la courbe du chômage. Tout le reste est secondaire.

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