Par Thomas Wieder, journaliste au quotidien Le Monde

françois hollande serait éliminé au 1er tour de la présidentielle, selon csa
françois hollande serait éliminé au 1er tour de la présidentielle, selon csa © Radio France / Reuters

On peut le constater chaque jour : nos dirigeants ont de plus en plus de mal, de réticence et de difficulté à s’inscrire dans des cultures politiques identifiables, dans des filiations idéologiques repérables.

Prenez par exemple Jean-Luc Mélenchon : certes il est allié avec les communistes, mais ce n’est pas pour autant qu’il se réfère au marxisme, et d’ailleurs les idées qu’il défend puisent à des sources très éclectiques.

François Bayrou, c’est symptomatique aussi : voilà quelqu’un qui est l’héritier de la démocratie chrétienne à la française, et pourtant il a pour modèle deux hommes avec lesquels sa famille politique a eu des relations plus que conflictuelles : Pierre Mendès France et le général de Gaulle.

Enfin, Marine Le Pen, qui se veut la défenseuse du peuple et de la laïcité, ce qui achève de brouiller les repères quand on connaît l’histoire de l’extrême droite.

- En va-t-il de même pour les deux principaux partis de gouvernement ?

Absolument. Du côté de l’UMP, la référence au gaullisme a pratiquement disparu, d’ailleurs tout le monde se dit « gaulliste » aujourd’hui, à droite comme à gauche, ce qui était encore impensable il y a 20 ans. On se souvient que Nicolas Sarkozy s’était risqué à se dire « libéral », mais c’était avant la crise financière de 2008, de sorte qu’aujourd’hui, Jean-François Copé se garde bien de faire du « libéralisme » la doctrine de l’UMP, sans pour autant s’en réclamer d’une autre.

Quant au PS, là aussi, c’est le grand flou. François Hollande disait il y a deux mois qu’il n’était pas un président socialiste, mais il a rectifié lors de sa conférence de presse en disant qu’il était bien « socialiste », et non pas « social-démocrate ».

Or quand vous avez dans le même temps son premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et son ministre de l’économie, Pierre Moscovici qui eux se disent pleinement sociaux-démocrates, on ne peut pas dire que cela rende franchement lisible la ligne du gouvernement.

- Ce brouillage des repères en politique pose quel type de problème ?

Disons que c’est d’abord un symptôme inquiétant.

Le symptôme d’un appauvrissement du débat d’idées sur la scène politique. Le symptôme, aussi, d’une déculturation des partis qui peinent de plus en plus à s’inscrire dans un horizon idéologique cohérent.

Alors est-ce un problème ? Oui, car cela conduit le débat politique à devenir de plus en plus technique. Prenez l’exemple de la croissance : quand on l’évoque, ce n’est plus que pour parler de chiffres, de taux ou des dispositifs censés la doper, mais jamais du modèle de société au service duquel on souhaite utiliser cette croissance. Bref, on remplit la boîte à outils, pour parler comme François Hollande, mais on vide la boîte à idées ; on fait des propositions, mais on oublie les projets.

Alors, après cela, il est difficile de s’étonner que, de plus en plus, la politique ennuie, indiffère ou désespère.

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