Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

Manuel Valls
Manuel Valls © Radio France

Manuel Valls, ce n’est plus un ministre, c’est un grenadier. Chaque jour ou presque, il balance un nouveau projectile pour marquer sa différence. Rien que cette semaine, il s’est opposé au droit de vote aux étrangers, avant d’enterrer le projet de récépissé pour les contrôles d’identité. Cela va sûrement le rendre très populaire auprès de la police et des électeurs de droite, mais pour ce qui est de son camp politique, cela s’annonce un peu plus compliqué.

- D’autant que ces deux mesures étaient des promesses de campagne de François Hollande

Oui, d’ailleurs Manuel Valls ressemble de plus en plus au Nicolas Sarkozy ministre qui s’opposait ouvertement au Président de la République Jacques Chirac, ce qui nous avait valu cette réplique devenue mythique d’un Chirac exaspéré : « Je décide, il exécute ».

Mais Hollande n’est pas Chirac. Il a besoin de Manuel Valls pour le protéger des accusations de laxisme. François Hollande est impuissant à faire baisser le chômage, il nous prépare une cure d’austérité drastique, il ne va pas se coller des ennuis supplémentaires sur la sécurité. En fait, le plus fragilisé par le jeu très « perso » de Valls, c’est le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, qui apparait incapable d’assurer la discipline de son gouvernement. Mais peut-être s’est-il déjà résigné à voir Valls lui succéder à Matignon…

  • Où le ministre de l’Intérieur s'arrêtera-t-il ?

Il n’a aucune raison de s’arrêter, puisque cela marche.

Il est le ministre le plus populaire dans les sondages et il lui reste en stock un grand nombre de provocations pour prendre son camp à rebrousse-poil. Souvenez-vous : pendant la campagne des primaires socialistes, il voulait supprimer les 35 heures, mettre en place la TVA sociale ou lutter contre « l’assistanat ».

Le problème de Manuel Valls, ce ne sont pas ses idées, c’est le fait qu’il est le seul à les avoir chez les dirigeants du PS. Il est populaire auprès des électeurs de gauche qui souffrent de l’insécurité ou refusent de cohabiter avec des Roms, mais la hiérarchie socialiste le déteste, il est beaucoup trop à droite pour eux.

La question est : combien de temps pourra-t-il être crédible en ministre de l’Intérieur à poigne quand sa collègue Garde des Sceaux veut vider les prisons en aménageant les peines et limiter les comparutions immédiates, les seules qui permettent une réponse rapide à la délinquance du quotidien ?

Et si François Hollande persiste à vouloir instaurer le droit de vote des étrangers non européens aux élections locales, comme le réclament à cœur et cri les Verts et la gauche du PS, c’est Manuel Valls qui se retrouvera minoritaire.

Mais cela fait sans doute partie de sa stratégie. Ou bien il amène Hollande sur ses positions et apparait comme l’homme fort du gouvernement, ou bien il se retrouve isolé et se pose en représentant des électeurs de base contre des dirigeants coupé des réalités. Dans les deux cas, il joue gagnant.

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