Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction duFigaro Magazin

Lettre titan ok
Lettre titan ok © Radio France

Retour sur la polémique entre Arnaud Montebourg et le patron du groupe américain de pneumatiques Titan, un des repreneurs potentiels de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord .

Super Arnaud a encore frappé. Dans le style martial qui fait tout son charme, il a écrit hier une lettre pleine de fureur à cet outrecuidant PDG américain qui avait osé affirmer que les ouvriers de Goodyear étaient quand même très bien payés pour ne travailler que trois heures par jour, et qu’il n’était pas assez stupide pour racheter une usine pareille, avec des syndicats aussi irresponsables.

Ce Mr Taylor ne savait pas à qui il parlait. Pour lui faire ravaler ses critiques, notre ministre du Redressement productif lui a envoyé pèle mêle à la figure, je n’invente rien : le débarquement de Normandie, l’amour du gouvernement français pour Obama et le rôle de Lafayette dans la révolution américaine.

Il ne manquait plus que la statue de la liberté et Joséphine Baker pour compléter le tableau, mais c’était quand même très émouvant. Depuis le fin fond de l’Illinois où il réside, Maurice Taylor a dû en pleurer de repentir. Ou plutôt, j'en ai peur, éclater de rire.

- Vous êtes sévère avec Arnaud Montebourg. Dans la lettre dont vous parlez, il rappelle aussi les mesures prises par le gouvernement pour faciliter l’activité des entreprises, comme le crédit d’impôt pour la compétitivité.

Mais Arnaud Montebourg peut aligner tous les arguments qu’il veut, la vérité est qu’il a, jusqu’à présent, totalement échoué dans ce dossier Goodyear. C’est lui qui avait sollicité le patron de Titan pour reprendre l’usine, et il s’est fait renvoyer dans ses buts.

Malgré toutes ses promesses, tous ses discours enflammés, il n’a pas plus trouvé de repreneur pour Goodyear qu’il n’en a trouvé pour Pétroplus ou pour Florange.

On touche là aux limites de la méthode socialiste consistant à multiplier les promesses pour tenter de désamorcer les problèmes.

Pendant quelques mois, le procédé a fait illusion. On a cru François Hollande quand il nous promettait 3% de déficit public en 2013, on a cru Jean-Marc Ayrault quand il nous promettait 0,8% de croissance, on a cru Arnaud Montebourg quand il nous promettait de réindustrialiser le pays. Mais aujourd’hui, cela ne prend plus.

- Vous faites comme s’il n’y avait pas de crise !

Bien sûr qu’il y a la crise. Il a aussi d’incroyables archaïsmes dans notre fonctionnement économique, dont le gouvernement n’est pas responsable.

Arnaud Montebourg sait très bien que le patron de Titan a raison quand il fustige les syndicats français. Chez Goodyear, cela fait six ans que la CGT torpille toute tentative de restructuration de l’usine d’Amiens.

Mais Montebourg préfère nier la réalité, comme François Hollande avec nos déficits, comme Jean-Marc Ayrault avec ses 0,8% de croissance pour 2013, alors que Bruxelles nous a affirmé hier que ce serait huit fois moins.

Le pouvoir croit qu’il va redresser la situation en occultant la gravité de la crise. Il a tort. Pour guérir, il faut commencer par poser le bon diagnostic.

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