Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

la prise d'otages en algérie justifie selon françois hollande l'action de la france au mali
la prise d'otages en algérie justifie selon françois hollande l'action de la france au mali © reuters

La prise d’otages sur le site gazier d’In Amenas s’est dénouée dans le sang. Mais vous avez vu la réaction française, tout en retenue ? C’est une affaire intérieure, nous dit-on. Pour François Hollande, l’Algérie a eu les réponses « les plus adaptées », face aux terroristes. D’autres pays, comme le Japon et la Grande-Bretagne, qui avaient des expatriés sur la base, ont eu des mots moins diplomatiques vis-à-vis des autorités algériennes. Cette retenue témoigne d’un pacte silencieux entre Paris et Alger. Un pacte forcé par l’entrée en guerre de la France au Mali. La preuve éclatante, c’est l’ouverture de l’espace aérien algérien à nos avions militaires. Alger n’a pas fait de publicité autour de cette décision historique, mais elle montre l’accélération des événements, depuis le voyage de François Hollande à Alger en décembre. Pendant des mois, tandis que Paris essayait de convaincre le Conseil de sécurité de l’ONU et les nations africaines de la nécessité d’une intervention collective au Nord Mali, l’Algérie restait réticente. Elle craignait un embrasement régional. Sans parler des mauvais souvenirs qu’inspirent les militaires français, même cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie. - Mais en dix jours, tout a changé. Cela dit, quelles seront les conséquences de ce pacte forcé ? D’abord, la prise d’otages sur un site stratégique précipite l’Algérie dans la guerre. Les terroristes islamistes sont éparpillés par l’intervention française au Mali. La part de travail d’Alger, dans cette guerre, sera d’abord le contrôle de sa frontière avec le Mali, longue de 1400 km, ainsi que celles avec la Mauritanie et le Niger. C’est dans ces zones que prospèrent et trafiquent les islamistes. Cela dit, l’alliance d’intérêts avec la France, ancien pays colonisateur, place l’Algérie dans une position délicate. Ses médias critiquent déjà l’ouverture de l’espace aérien. Il faudra aussi voir s’il y a une montée de l’influence des islamistes dans la jeunesse paupérisée. C’est la stabilité du pays qui est en jeu. On le sait, l’Algérie a traversé une décennie terrifiante de guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de victimes, après l’annulation des élections en 1991 promises au Front islamique du salut. Mais la France aussi s’expose par ce pacte. François Hollande parle de « détruire » les terroristes, un vocabulaire que n’auraient pas renié les néo-conservateurs américains. Depuis des années déjà, les islamistes algériens, qui ont prêté allégeance à Al Qaïda, citaient la France comme une cible, en raison de sa présence en Afghanistan ou bien de sa loi sur les insignes religieux. Mais cette fois, la France s’expose bien davantage au terrorisme, en acceptant d’être son premier adversaire régional. Bref : on sait pourquoi on est allé au Mali, mais on ne sait pas combien de dominos vont tomber, et avec quel fracas.

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