ParGuillaume Roquette,directeur de la rédaction du Figaro Magazine

A propos de la motion de censure rejetée hier à l’Assemblée : entre Jean-Marc Ayrault et Jean-François Copé, c'était déni d’un côté et attentisme de l’autre.

la motion de censure du groupe ump sera examinée mercredi à l'assemblée
la motion de censure du groupe ump sera examinée mercredi à l'assemblée © reuters

On était dans les figures imposées, comme on dit en patinage artistique, et la motion de censure défendue par Jean-François Copé a évidemment été rejetée. Le principal enseignement politique de cette passe d’armes, c’était le décalage assez impressionnant entre les propos du Premier ministre et la défiance sans précédent dont le Président de la République et lui font l’objet. Son discours était un catalogue de poncifs (« je sais où je vais, je sais comment y parvenir », « ce dont la France a besoin, c’est de confiance en elle-même », etc.) quasiment surréaliste quand on connait la réalité politique et sociale du pays.

  • Mais enfin, que pouvait-il dire d’autre ?

Il n’allait pas évidemment pas annoncer sa démission, on avait déjà eu celle de Jérôme Cahuzac la veille, cela suffisait pour la semaine, mais le Premier ministre ne peut pas indéfiniment parler aux Français de cette façon totalement artificielle, déconnectée de la réalité, en continuant à accuser la droite d’être responsable de tout ce qui arrive aujourd’hui. Cette autosatisfaction est totalement contreproductive, parce qu’elle donne le sentiment que le pouvoir est dans une bulle, qu’il ne réalise pas la gravité de la situation, ce qui est profondément angoissant pour les Français.

Une fois que l’on a fait ce constat, il faut essayer de comprendre pourquoi Jean-Marc Ayrault est à ce point à côté de la plaque. Et il faut reconnaître que ce n’est pas vraiment de sa faute. Le flou, l’absence de cohérence et de lisibilité vient du Chef de l’Etat lui-même, et sous la Vème République, le Premier ministre ne peut pas prendre le gouvernail si le Président n’a pas fixé de cap.

C’est donc à François Hollande de reprendre la main pour assumer la rigueur qu’il met en œuvre sans oser le reconnaître, pour donner le détail des économies qu’il va entreprendre, pour reconnaître enfin que son projet de plan de relance européen est totalement tombé à l’eau. Le Président doit parler d’ici quelques jours à la télévision, mais si c’est pour continuer à nier la réalité, le résultat sera aussi inexistant que Jean-Marc Ayrault hier à l’Assemblée.

  • Et comment avez-vous trouvé Jean-François Copé ?

Il a fait le job, avec sa pugnacité un peu mécanique habituelle. On voit bien le partage des rôles qui s’est organisé à l’UMP. Jean-François Copé cogne contre le gouvernement, pendant que François Fillon, prenant modèle sur Nicolas Sarkozy, reste en réserve de la République, d’ailleurs il n’était même pas présent hier pour écouter le discours de son meilleur ennemi. Et là encore, on mesure combien la politique française est devenue un théâtre d’ombres.

Entre une majorité sans cohérence et une opposition sans leader, il y a un déficit de représentation politique qui est inquiétant quand on connait la gravité de la crise. La gauche attend la reprise, la droite attend l’alternance, et cet attentisme contribue à entretenir la déprime dans laquelle nous sommes plongés. Il est grand temps d’en sortir.

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