Anna Cabana est grand reporter au magazine Le Point

Sa chronique dans le 6/7 d'Eric Delvaux

Ce matin, vous voulez revenir sur la tragi-comédie qu’a été l’élection du président de l’UMP. La plupart des commentateurs –et même des acteurs- disent avoir été affligés par ce spectacle, mais vous, cela vous fait aimer la politique !

Oh bien sûr, on peut s’indigner et dire que ce n’est pas à la hauteur des militants de l’UMP et tout et tout, mais la vérité, c’est que c’est extra-ordinaire : François Fillon devait écraser Jean-François Copé, et il perd à 98 voix près, au terme de 24 heures de folie pendant lesquels chacun des deux camps revendique publiquement la victoire et où le garant du scrutin, Patrice Gélard, le président de la fameuse Cocoe, la Commission de contrôle des opérations électorales de l’UMP dont on nous rabat les oreilles depuis dimanche, et donc Gélard explique que les fraudes de part et d’autre « se neutralisent », le tout alors que les fillonnistes continuent de hurler que Fillon a été volé… Surréaliste, littéralement, c’est-à-dire au-dessus du réel. Seule la politique permet ce genre de retournements de situation inouïs. La politique, c’est l’activité humaine la moins prévisible. C’est fascinant, une activité où tout peut arriver, et surtout l’inimaginable. C’est presque mieux que du roman…

Mieux que du roman ? Vous ne seriez pas trop romanesque, justement ?

Je constate que la politique défie le roman ! Quand il écrit, le romancier ne peut pas s’affranchir de ce que Roland Barthes appelait « l’effet de réel », à savoir des éléments qui permettent d’accréditer la vraisemblance. La politique, elle, invente l’inverse : elle invente des effets d’irréel. C’est, en mai 2011, les images de Dominique Strauss-Kahn menotté, escorté par des policiers new yorkais, alors qu’on le voyait déjà comme le futur président de la République française ; c’est, aujourd’hui, les images de Copé se félicitant d’avoir gagné devant les caméras avant que, vingt minutes plus tard, Fillon fasse la même chose. Dans les deux cas, ça rouvre le jeu. L’affaire DSK a permis à Hollande de devenir président ; l’imbroglio psychodramatique Copé-Fillon laisse un espace à un troisième homme, ou femme, qui saurait récupérer les déçus.

Ce troisième homme, ce serait Nicolas Sarkozy ?

Non. Nicolas Sarkozy est le vrai « vainqueur » de ce scrutin, mais sa victoire est pour l’instant hypothéquée car il ne peut rien faire avant les municipales de 2014 et même alors, on ne sait et il ne sait pas s’il fera quelque chose. En attendant, ils sont au moins quatre ambitieux en embuscade, quatre pour lesquels le 50-50 Copé-Fillon n’est pas une bonne nouvelle, mais une excellente nouvelle. Ces quatre-là, ce sont Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire et Laurent Wauquiez. Chacun d’eux a l’intention, dans les prochains mois, de jouer sa carte… Bertrand va créer son club, sa PME politique, il hésite encore sur le nom mais il devrait déposer les statuts en début de semaine prochaine ; NKM a lancé son mouvement, la France Droite, mercredi dernier ; Le Maire songe fort à monter sa boutique ; Wauquiez a déjà la sienne, la Droite sociale. Bref, ça promet… Je n’ai qu’un seul espoir à formuler: pourvu que rien ne se passe comme prévu.

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