Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaire Le Point

François Hollande et sa « nouvelle » stratégie européenne.

françois hollande place la deuxième phase de son quinquennat sous le signe européen
françois hollande place la deuxième phase de son quinquennat sous le signe européen © reuters

François Hollande à qui on reproche souvent de ne pas faire de choix tranchés et d’être indécis sur une foultitude de sujets est, sur le dossier européen en tout cas, tout à fait volontaire. Je ne sais pas –et c’est très difficile de savoir, ce qu’il avait derrière la tête lors de sa conférence de presse pour booster l’Europe, ni comment il va s’y prendre, ni comment il va démêler la pelote européenne. Mais ce qu’il a dit est tout à fait novateur. Et mérite que l’on s’y arrête.

- François Hollande a souhaité une « Europe économique ». En quoi est-ce novateur ?

Parce que ces dernières années, l’Europe était un peu le bouc émissaire commode de la classe politique française. Bruxelles était la source de tous nos problèmes. Souvenez-vous de Jean-Pierre Raffarin, à Matignon, pour qui s’il ne parvenait pas à résoudre le chômage, c’était à cause des petits comptables de Bruxelles.

Souvenez-vous de Nicolas Sarkozy qui, trois mois avant la crise financière, disait tout le mal qu’il pensait de la BCE, la Banque centrale européenne et de son patron, Jean-Claude Trichet.

« C’est la faute à Bruxelles »… C’était le slogan, bien commode et prêt à l’emploi, de tous nos leaders politiques, toutes tendances confondues.

Tenez, il y a encore quelques jours, c’est au sein du PS qu’on entendait des choses abominables sur Angela Merkel et sur l’Allemagne.

François Hollande a sifflé la fin de la récré. Il a choisi de prendre le contrepied de ces critiques si faciles et pas très constructives. « Mon devoir, c’est de sortir l’Europe de sa langueur ». L’Europe, c’est la chance de la France dit-il en substance.

Hollande sait pourtant qu’au sein de son parti, l’Europe constitue une fracture. Il a encore en mémoire le référendum de 2005. Il sait qu’Arnaud Montebourg et ses foucades protectionnistes sont la bête noire des Européens. Il doit aussi surveiller son aile gauche et Jean-Luc Mélenchon, pour lequel Bruxelles est un épouvantail qui rapporte gros électoralement. Mais dans le climat actuel, c’est finalement audacieux et assez courageux.

- Redynamiser l’Europe : un vaste programme ! Mais qu’y a-t-il derrière les mots ?

C’est tout le problème : on attend encore les solutions, la méthode et la boite à idées. Mais avec ce discours, Hollande endosse au moins les habits du chef de l’Etat.

En fait, face à la toute puissance –économique en tout cas- de l’Allemagne, François Hollande rappelle que la France a un rôle politique central entre les pays du nord et les pays du sud qui ne demandent que ça. Et pour cause : Berlin ne parle que d’économie… Alors que l’Italie ou l’Espagne attendent surtout des gestes politiques pour sortir de la crise.

Mieux : Hollande donne des gages aux Allemands pour constituer un gouvernement économique européen. Ce qu’exigent les Allemands. Mais ce qui permet à Paris de revenir au centre du jeu et d’influer sur ce futur gouvernement.

Jusque là, la France passait pour un pays capricieux qui ne savait que dire « non » sans que ses résultats économiques soient véritablement convaincants. En mettant de l’énergie sur la table, Hollande invente une autre partie.

Reste évidemment, maintenant, à donner du contenu à tout cela et surtout à convaincre les Français que l’Europe est la chance de la France. Mais ça, c’est une autre histoire…

Et ça va demander pas mal de pédagogie et surtout, quelques bonnes idées.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.