Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

Dernière ligne droite dans la compétition interne à l’UMP, entre François Fillon et Jean-François Copé. L'occasion de se demander jusqu’où ira la droitisation de la droite. Il faut d’abord s’entendre sur l’expression. Il y a un paradoxe : sur le plan économique ou sur l’Europe, il est quasiment impossible de distinguer l’UMP du PS. Exemple : le candidat Hollande promettait de renégocier le traité budgétaire européen ; le Président, lui, a fait ratifier le texte exact hérité de Nicolas Sarkozy.

Bref, au-delà de mesures symboliques comme la taxation à 75% des plus riches, les deux partis font les mêmes constats, les deux ont à peu près les mêmes recettes, et les deux ont les mêmes lâchetés. Je pense notamment à l’éternel recul devant la réforme fiscale, qui permettrait de rendre de la justice et de la lisibilité à l’imposition.

  • Donc, la droitisation de la droite a lieu ailleurs.

    Comme ces convergences sont inavouables, les deux camps veulent se distinguer autrement. A gauche, c’est le vote des étrangers aux élections locales ou la dépénalisation du cannabis. A droite, c’est un glissement général, sur le plan identitaire, vers l’extrême droite. A sa création il y a dix ans, l’UMP prétendait rassembler toutes les sensibilités de la droite et du centre. Mais très vite, l’ADN du RPR l’a emporté, et l’UMP est redevenu un parti au service de son chef. Et lorsque ce chef fut Nicolas Sarkozy, il l’emmena jusqu’aux frontières du Front national, en les ignorant.

    Ce mouvement se poursuit aujourd’hui, comme l’ont illustré deux épisodes.

Il y a d’abord l’anecdote du pain au chocolat, dont un enfant bien de chez nous aurait été privé pour cause de ramadan, selon Jean-François Copé. Ce n’est pas un lapsus. Copé sent que les militants de l’UMP sont bien plus « décomplexés » que ses cadres parisiens. Qu’ils sont à fleur de peau face à l’islam, aux immigrés, aux Roms, aux jeunes à capuche. Alors au lieu de combattre leurs peurs, Copé décide de leur donner de la chair, de la légitimité.

La deuxième anecdote, c’est le communiqué de l’Elysée reconnaissant « la sanglante répression » du 17 octobre 1961 à Paris, qui a coûté la vie à des dizaines d’Algériens, sur les ordres du préfet de police Maurice Papon. Cette reconnaissance est un pas en avant à la fois louable et prudent. Pourtant, la droite l’a accueillie comme si le drapeau national était piétiné. Il est « intolérable » de mettre en cause la police, a dit Christian Jacob. François Fillon, lui, a regretté la « culpabilité permanente » à laquelle se condamnerait la France. Peu importe au fond que ces propos soient tenus par calculs électoraux ou par convictions : ils contribuent à déporter la droite, et à la rabougrir, intellectuellement.

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