Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaire Le Point

Ministère des finances
Ministère des finances © Radio France / Pline

La « schizophrénie » de François Hollande vis-à-vis de l’économie : « schizophrénie », le mot n’est pas un peu fort ?

Non, car c’est bien de cela qu’il s’agit ! De schizophrénie. Rien de moins. François Hollande est pris entre deux feux. En tout cas, récession oblige, il est de plus en plus compliqué pour lui de jouer l’ambiguïté sur le terrain économique. Il y a un an exactement, il prononçait ce fameux discours : « mon ennemi, c’est la finance ». On allait voir ce qu’on allait voir. Et en même temps, il promettait à nos partenaires européens –et aux marchés financiers, de remettre d’aplomb les comptes publics.

Mais ça c’était il y a un an… Les temps ont changé. Hier, on a ainsi appris que Renault propose à ses salariés un accord sur la flexibilité, sans quoi deux sites de production vont fermer. Du jamais vu en France. Et encore moins dans une entreprise qui est encore largement dans le giron de l’Etat. Il y a quelques jours, on a aussi appris qu’Arnaud Montebourg le chantre de la démondialisation, a failli démissionner parce qu’il ne se reconnaissait plus du tout dans la politique du gouvernement. Le ministre du Redressement productif a été rattrapé de justesse par la manche. Et au même moment, le ministre en pointe, celui dont on parle pour remplacer un jour, demain, Jean-Marc Ayrault à Matignon, c’est Manuel Valls.

Souvenez-vous le discours que Valls défendait aux primaires socialistes : c’était une sorte de social-libéralisme assumé que n’aurait pas renié Tony Blair, un libéral de gauche, en Grande-Bretagne.

  • Jusque là, François Hollande a su conserver ses deux ministres qui pensent différemment, comme s’il avait réussi la synthèse.

Oui. C’est vrai. D’ailleurs, la composition de son cabinet personnel en atteste. D’un coté, Hollande s’appuie sur Aquilino Morelle qui, avant de conseiller Hollande, travaillait justement pour Montebourg. A l’autre bout du couloir, il a aussi sous la main Emmanuel Macron, un ancien banquier de chez Rothschild. De gauche certes. Mais pas tout à fait la même que celle que son voisin de chambrée à l’Elysée. Celle qui connaît toutes les subtilités du CAC40 et de la vie financière. Jusque là, Hollande a pu d’un côté, donner 20 milliards d'euros sous la forme de crédit d’impôts aux entrepreneurs. Et de l’autre, taxer à 75% les très gros revenus.

Seulement voilà, avec la récession et la flambée du chômage, le temps de l’ambiguïté est terminé. Il faut maintenant qu’il en dise un peu plus aux Français. Un exemple, ce n’est qu’un exemple.

Hier, la Cour des comptes – elle est dirigée par un de ses amis- critiquait notre système d’assurance-chômage et ses 18 milliards d’euros de dette. Notre système est trop généreux, disaient les experts. Certains contestent les analyses des comptables de la République en leur rétorquant qu’après tout ce bon vieux modèle social à la française a tout de même permis d’éviter les tragédies sociales qui se déroulent chez nos voisins espagnols ou italiens. Mais le boulot de François Hollande, c’est justement de lever le voile sur un sujet comme celui-ci. On réforme, ce sera douloureux, ou bien on laisse filer comme avant, et ce seront les générations futures qui passeront à la caisse. Mais ça, il n’y a que lui qui peut le dire.

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