Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazineL'Express

Dans deux semaines, le conseil des ministres validera le projet de loi sur l’extension du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels. Sur ce sujet, la droite est en train d’évoluer, mais à pas comptés.

En effet pas de révolution à droite : la grande majorité des députés de l’UMP votera contre le texte.

Et pourtant, si elle revenait aux affaires, l'UMP ne proposerait pas son abrogation. Jean-François Copé et François Fillon ne le reconnaitront pas eux-mêmes, mais leurs entourages disent la même chose : on ne reviendra pas en arrière.

En Espagne, le parti de Mariano Rajoy avait prévu dans son programme de supprimer ces nouveaux droits. La droite française n'est donc pas la plus bête du monde pour reprendre une expression bien célèbre. Mais elle risque une fois de plus de louper le train de l'histoire.

L’état d’esprit est pourtant bien différent qu’en 1999. D’abord parce que les plus hostiles, à l’image d’une Christine Boutin, ne sont plus à l’Assemblée. Mais aussi parce que la droite a fait le ménage dans ses propres rangs en chassant les homophobes notoires et en condamnant les dérapages verbaux. Des parlementaires affirment même que si c’était à refaire, ils voteraient le Pacs.

Autre nouveauté, il ne devrait pas y avoir de consigne de vote, ni à l'Assemblée ni au Sénat. Chacun votera en conscience. Pas de révolution donc mais une véritable avancée.

-Ce qui bloque toujours en revanche, à droite, c’est la question de l'adoption

C'est un peu la nouvelle frontière de l'UMP. Ceux qui reconnaissent la nécessité d’octroyer les mêmes droits aux homosexuels demeurent très méfiants en ce qui concerne l'homoparentalité. Ils proclament le droit DE l'enfant avant le droit A l'enfant.

Et pour justifier leurs réserves, ils se fondent sur l'absence, selon eux, d'études crédibles sur le devenir des enfants adoptés par des couples de même sexe. Mais réciproquement, aucune enquête ne vient à ce jour étayer leurs inquiétudes.

Plutôt qu'une opposition de principe, l'UMP gagnerait donc à s'engager dans une abstention que l'on pourrait qualifier d'interrogation. Il n'est pas anormal de ne pas savoir et de s'en remettre à l'expérience des faits. Il est en revanche contre-productif de ne pas savoir et de fermer la porte pour complaire à son électorat.

Ce n'est pas souvent le cas, mais à l'UMP, la raison est venue de la Droite populaire, son excroissance la plus conservatrice. L'un de ses membres, Lionnel Luca, a pris le contre-pied de ses compagnons de route en annonçant qu'il s'abstiendrait. « S’opposer aujourd’hui pour ne pas défaire demain » , explique le député des Alpes-Maritimes, « c’est tromper les gens ». Il refuse une posture qui dit-il, se transformerait en imposture. On ne saurait mieux dire.

Pas sûr que cette attitude modérée remporte la mise. Une commission de réflexion a bien été lancée par l'UMP. Mais elle est menée par quatre députés. Tous clairement opposés au projet de loi.

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