Par Piotr Smolar, journaliste au quotidienLe Monde

candidats à l'exil fiscal plus nombreux et aux profils variés
candidats à l'exil fiscal plus nombreux et aux profils variés © reuters

Avec Gérard Depardieu qui renonce à la nationalité française, on a beaucoup parlé ces derniers mois des exilés fiscaux. Mais beaucoup moins des paradis du même nom.

On peut dire que le déménagement de Gérard Depardieu en Belgique a été bruyant ! Mais il ne faut pas se focaliser sur Obélix, qui n’a jamais cherché à être exemplaire. Le vrai scandale politique, c‘est le monde des PSF, les privilégiés sans frontières. Je parle là aussi bien des particuliers que des corporations. Les paradis fiscaux, des Caraïbes jusqu’aux îles britanniques, sont un véritable trou noir de l’économie mondiale. Il ne s’agit pas seulement de territoires, mais aussi de réseaux de convenance, par lesquels passent les plus riches pour éviter les services fiscaux nationaux, grâce à la complicité des banques.

Identités masquées, sociétés écrans, tout est bon pour « optimiser » ses revenus, selon la formule. En juillet, l’association Tax Justice Network a publié une étude coup de poing. Elle estimait que, fin 2010, entre 21.000 et 32.000 milliards de dollars d'actifs financiers étaient détenus dans des paradis fiscaux. Soit le poids cumulé des économies des Etats-Unis et du Japon. Vous imaginez le manque à gagner, en termes de taxation ? Des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars, alors même que les Etats occidentaux n’ont plus d’argent en caisse et sont accablés de dettes.

- Face à cela, que font les pouvoirs publics ?

Vous vous souvenez de ce que disait Nicolas Sarkozy en septembre 2009 ? « Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c’est terminé ». Tu parles. Ce monde opaque continue de fonctionner, avec ses règles propres. Des pays pointés du doigt, comme la Suisse, ont un peu progressé sur le chemin de la collaboration fiscale. Mais les responsables politiques avancent en trottinette là où l’adversaire vole en avion de chasse. D’autant que les règles du jeu ont bien changé, avec Internet et la dématérialisation financière. Le cliché du type avec la valise de billets qui dépose son magot dans un coffre à Genève ou Luxembourg, c’est fini! Tapez donc « paradis fiscaux » dans Google, et vous verrez comme il est facile, en un rien de temps, de se créer un petit refuge fiscal.

Début décembre, la Commission européenne a présenté un plan d’action contre les zones off shore, qui coûtent mille milliards d’euros par an en évasion fiscale à l’UE. Mais l’Union a plusieurs problèmes. D’abord, ses membres doivent s’entendre sur une définition des paradis fiscaux. Ensuite, personne ne veut entendre parler d’harmonisation fiscale en Europe. Dommage : seul ce saut fédéral rendrait efficace l’offensive contre ces paradis. Et enfin, rappelons cette curiosité : depuis sept ans, l’Eurogroupe, la réunion des ministres des finances de la zone euro, était présidé par Jean-Paul Juncker, le premier ministre inamovible du Luxembourg. Le Luxembourg, en voilà un beau paradis fiscal…

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