Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine

david cameron propose un référendum sur le maintien dans l'ue
david cameron propose un référendum sur le maintien dans l'ue © reuters

Retour sur l’annonce surprise hier matin par le premier ministre britannique David Cameron d’un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, qui a jeté un froid chez ses partenaires.

Assurément. Les autres pays de l’Union pouvaient toujours se rassurer en se disant que ce référendum n’aurait pas lieu avant 2016 ou 2017, qu’il était dicté par des raisons tactiques de politique intérieure, l’annonce de David Cameron est un énorme camouflet pour l’Europe. Rendez-vous compte : quarante ans après son adhésion, la troisième économie de la zone se demande si finalement, elle ne ferait pas mieux de reprendre son autonomie. C’est une attitude qui rompt totalement avec l’idéologie officielle en vigueur ailleurs, et notamment en France, selon laquelle la construction européenne est un horizon indépassable, une sorte de cadeau du ciel dont nous devrions remercier la providence chaque jour.

- Mais la prise de distance des Britanniques par rapport à l’Union européenne n’est pas vraiment une nouveauté.

Oh non, cela fait même 30 ans que cela dure ! On se souvient du bras de fer de Madame Thatcher avec ses partenaires de la CEE en 1984, pour obtenir un rabais sur sa contribution au budget commun. Depuis, la Grande-Bretagne n’a cessé de faire bande à part sur tous les grands sujets, à commencer par l’euro.

Mais ce qui est nouveau, c’est ce projet de référendum qui est d’une très forte portée symbolique. Car quand on demande aux peuples européens ce qu’ils pensent de l’Union, ils sont beaucoup moins enthousiastes que leurs élites politiques et économiques.

On se souvient du référendum de 2005 en France ou au Pays-Bas rejetant le projet de constitution européenne, ou de l’abstention massive enregistrée à chaque élection du parlement européen.

- Sauf que François Hollande s’est montré très ferme hier. Il a affirmé « l’Europe ne se négocie pas. Elle doit se prendre telle qu’elle est ».

Oui, bien sûr. C’est le discours officiel que l’on a déjà entendu 1000 fois, à Paris comme à Berlin où le ministre allemand des affaires étrangères déclarait hier que l’Europe était « une communauté de destin ». Mais ce discours incantatoire, quasi mystique, ne passe plus aujourd’hui. Les peuples européens voient bien que l’Union est incapable de les sortir de la crise économique, qu’elle est incapable d’avoir une politique étrangère ou une défense commune, au Mali comme ailleurs. L’Union européenne est perçue comme une construction idéologique et technocratique, éloignée des préoccupations des citoyens.

Le contraste était saisissant entre le geste de défiance de David Cameron hier et la célébration en grande pompe des cinquante ans du traité d’amitié franco-allemand mardi dernier.

Politiquement, c’est le premier ministre britannique qui a raison, c’est lui qui est en phase avec son opinion publique. Angela Merkel et François Hollande seraient bien inspirés de remettre à des jours meilleurs leurs projets d’une union politique renforcée.

Tant que la croissance est aux abonnés absents, il faut consolider l’Europe sans le crier sur les toits. Sinon, il y aura bientôt autant d’eurosceptiques à Paris qu’à Londres.

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