Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction duFigaro Magazine

Finalement, la surprise n’a pas eu lieu. C’est l’UMP qui l’a emporté hier dans la législative partielle de la 3ème circonscription du Lot et Garonne.

second tour à fort enjeu pour le fn à villeneuve-sur-lot
second tour à fort enjeu pour le fn à villeneuve-sur-lot © reuters

L’incroyable ne s’est pas produit. Mais il ne faudrait surtout pas croire que les choses sont rentrées dans l’ordre, que l’élection d’hier était un scrutin comme les autres. Car même si le candidat du FN a été battu, il a obtenu 46% des voix, contre moins de 54% au candidat qui était soutenu à la fois par la droite et la gauche. Avec le scrutin majoritaire, ces 46% du FN ne valent rien électoralement, mais leur signification politique est très forte.

Alors bien sûr, c’était une élection partielle, dans lesquelles il y a toujours une forte abstention, bien sûr il fallait élire le successeur de Jérôme Cahuzac, dont les mensonges ont écœuré beaucoup d’électeurs, renforçant le caractère particulier du scrutin. Mais tout de même, ce score de 46% pour le FN est impressionnant.

On peut se souvenir qu’au second tour de la présidentielle de 2002, Jean-Marie Le Pen, qui était opposé à Jacques Chirac, avait fait 22% dans le Lot et Garonne. A l’époque, le Front national était un parti marginal, aujourd’hui c’est bien fini. Et tous les appels au Front républicain ne changent rien à l’affaire.

- Il y a eu cinq législatives partielles depuis six mois en France métropolitaine. Quels enseignements peut-on en tirer sur l’état des forces politiques ?

Si l’on agrège les résultats de ces cinq circonscriptions, on observe, selon les calculs effectués par le think tank Fondapol, que le Front national et le Parti socialiste font jeu égal au premier tour, à 18,8%, tandis que l’UMP caracole 20 points devant, avec une moyenne de 38% des voix, toujours au premier tour. Donc, si quelqu’un doit avoir peur aujourd’hui du FN, c’est bien le Parti socialiste, beaucoup plus que l’UMP. Peut-être que cela calmera les ardeurs de François Hollande qui s’imagine qu’il gêne la droite en favorisant l’extrême droite, comme le fit avant lui François Mitterrand, par exemple en agitant le chiffon rouge du droit de vote aux immigrés.

  • Il y a de multiples raisons à la percée du Front national, mais que pensez-vous de celle avancée hier par Arnaud Montebourg, qui affirmait hier que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, est le « principal carburant du Front National » ?

Cela me semble assez juste. Le vote Front national est une protestation contre la mondialisation, dont la politique libérale menée en Europe est l’une des composantes essentielle. Mais vous remarquerez qu’il n’y a pas que le FN qui s’oppose à l’Europe libérale. Il y a aussi le Front de gauche. Or, ce dernier parti a fait des scores médiocres dans les dernières législatives partielles, en moyenne trois fois moins que le FN. Pourquoi ?

Tout simplement parce que le Front de gauche, pour faire court, est contre la mondialisation économique, mais pour l’immigration.Alors que pour le FN, immigration et mondialisation sont les deux faces d’un seul et même sujet : la fin de l’identité française, contre laquelle Marine Le Pen et les siens se battent. Décidément, de François Hollande à Jean-Luc Mélenchon, c’est un sale temps pour la gauche.

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