Par Anna Cabana, grand reporter à l'hebdomadaireLe Point

Chantal Jouanno, la sénatrice UMP de Paris vient de rallier l’UDI, le parti de Jean-Louis Borloo.

Cette défection signe l’échec de Nicolas Sarkozy, eh oui, encore lui. Chantal Jouanno était l’égérie « garçonne » de Nicolas Sarkozy – elle était sa conseillère avant qu’il en fasse sa ministre. Et c’est lui qui l’a propulsée tête de liste de l’UMP à Paris pour les élections régionales de 2010. Et encore lui qui l’a imposée comme tête de liste, à Paris toujours, aux sénatoriales de 2011.

Bref : elle doit tout à l’ex chef de l’Etat. Elle est ce qu’on appelle une sarkozette. « Une enfant gâtée de Sarkozy », selon l’expression de Pierre Charon, le copain de 25 ans de l’ancien président qui n’a pas eu ce genre de privilèges, lui, puisqu’il a dû se présenter aux sénatoriales en dissident, avant, une fois élu, d’offrir son siège à l’UMP. Fidèle malgré tout. L’inverse de Chantal Jouanno, qui « trahit » - c’est le verbe employé par Brice Hortefeux, un autre sarkozyste fidèle. Hortefeux m’a dit : « Nicolas n’a pas eu la main heureuse avec les sarkozettes…»

- C’est vrai que Chantal Jouanno n’est pas la première sarkozette à décevoir son créateur.

Elle est plutôt la dernière de la série. Avant Chantal Jouanno, les icônes du sarkozysme, c’était Rachida Dati et Rama Yade. Il les a tout de suite promues ministres, les emmenait partout avec lui, était fier de les exhiber. La parité, la jeunesse, la beauté et la diversité. C’était « la génération Sarkozy », disait-il. Pour quel résultat ? L’ancien président regrette d’avoir nommé Rachida Dati garde des Sceaux – une « erreur » - c’est son mot – qu’il a « corrigée » dès 2009 en exfiltrant Dati vers le Parlement européen. Dati n’a pas trahi Sarkozy, non, -au contraire, elle dit partout du bien de lui- mais elle l’a déçue.

Le cas Rama Yade est différent, évidemment, mais il y a un dénominateur commun : elle non plus n’a pas été à la hauteur des espoirs qu’il avait placés en elle. Il l’a virée du gouvernement en 2010. Et alors qu’elle disait « se sentir la fille » de Sarkozy, elle a pris ses cliques et ses claques et elle est passée chez Borloo, bien avant que Chantal Jouanno emprunte le même chemin… Ça fait deux amies de Sarkozy qui ont choisi Borloo.

- Le contre-exemple, c’est Nathalie Kosciusko-Morizet qui n’est pas allée chez Borloo, elle.

NKM n’est pas une créature de Sarkozy. C’est Chirac qui lui avait mis le pied à l’étrier. Certes, Sarkozy en a fait sa ministre, mais elle ne se prétendait pas sarkozyste, elle se considérait d’ailleurs politiquement mal traitée par Sarkozy, qui ne lui confiait que des secrétariats d’Etat. Il a fallu attendre 2010 pour qu’elle devienne et sarkozyste et ministre plein, l’un allant avec l’autre.

Or quelques semaines seulement après la défaite de Sarkozy, dont elle a été la seule porte-parole de campagne, elle s’est démarquée de l’inspirateur en chef de cette campagne, Patrick Buisson : l’objectif de Buisson, a-t-elle déclaré, était de « faire gagner Charles Maurras, pas Nicolas Sarkozy. » Avec des amies pareilles, Sarkozy n’a pas besoin d’ennemis.

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