Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

Marine Le Pen
Marine Le Pen © Radio France / Anne Audigier

Une chose est claire : la parole est aux extrémistes, pendant que la majorité se tait. Leur objectif, c’est le clash des religions, chrétiens contre musulmans. Les extrémistes, ce sont ceux aux Etats-Unis qui ont fabriqué le fameux film islamophobe. Leur plan était de déclencher une avalanche, en hurlant des insanités devant la montagne. Les extrémistes, en face d’eux, ce sont les partisans d’un islam rigoriste, sectaire, qui jugent l’Occident corrompu et veulent l’anéantir.

Entre ces extrémismes, il y a les médias et les politiques. On vient de le voir avec les dessins de Charlie Hebdo et le film islamophobe : les médias sont fascinés par ce qui brille. Le 15 septembre, 200 banlieusards présentés comme des salafistes s’offraient une audience inespérée devant l’ambassade américaine à Paris. Du coup, avalanche de commentaires : qui sont-ils, d’où viennent-ils, et surtout, sommes-nous menacés par une cinquième colonne de Mohamed Merah potentiels ? Il ne s’agit pas de nier le problème. Mais pourquoi ne pas donner la vraie mesure d’une image, aussi fascinante soit-elle ? De même, le « monde arabe » - une expression de fainéant - ne s’est pas « révolté » contre les dessins de Charlie ou le film. Ils furent peu nombreux à manifester. Mais nous avons tant intégré l’idée de ce conflit religieux et politique que nous en anticipons les épisodes. Les dessins de Charlie , personne ne les avait encore vus lorsqu’on criait déjà au scandale.

  • Face à ce choc des extrémistes, il y donc le role des responsables politiques

Leur position est extraordinairement compliquée : ils sont face à un problème à la fois intérieur, localisé dans nos banlieues, et extérieur. Un problème d’éducation, mais aussi de police. Un problème de foi individuelle, mais aussi d’organisation des cultes. Dieu qu’il est difficile de nos jours d’être un partisan modéré de la laïcité ! C’est-à-dire de revendiquer la neutralité de l’Etat vis-à-vis des cultes, mais aussi des conditions décentes pour les croyants des principales confessions. Or, dans le tumulte actuel, une seule voix a surnagé, une voix extrémiste elle aussi, c’est celle de Marine Le Pen. S’attaquant au « fascisme vert » qui nous menacerait, elle incarne un populisme laïcard. La leader du FN considère que par essence, l’islam est un corps étranger dangereux. L’interdiction totale du voile dans la rue est une proposition inapplicable et paranoïaque, mais elle a un but : relayer les angoisses identitaires de millions de Français. Même logique sans avenir lorsque Marine Le Pen rejette tout financement de mosquées par l’Etat ou par l’étranger. De fait, elle prône un retour à l’islam des caves, à un islam clandestin. Hélas, comme d’habitude, les meilleurs alliés des extrémistes sont les extrémistes de l’autre bord.

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