Par Benjamin Sportouch, journaliste au quotidienL'Express

2012 aura été l’année l’incursion de Twitter dans le monde de la politique française.

La campagne présidentielle, souvenez-vous, s’est beaucoup jouée sur twitter. Les candidats ont abreuvé en permanence de messages de 140 signes leurs abonnés, les "followers" dans le jargon du réseau social. Même si au final, l’utilisation qui en a été faite n’a pas été très novatrice. On attend toujours le meeting uniquement via Twitter que nous avait promis l’équipe de Nicolas Sarkozy.

Mais c’est bien évidemment le message de la première dame, Valérie Trierweiler, qui a révélé le potentiel d’impact de ce réseau social. Même ceux qui n’y connaissaient rien ont dû s’y mettre. Un vrai coup de pub pour Twitter, des dégâts énormes pour le chef de l’Etat. A la lisière du privé et du public, ces quelques signes ont marqué le début du quinquennat et trouveront sans aucun doute leur place lorsque sera venu le temps du bilan.

- Twitter a donc une force de nuisance très importante.

Dans la bataille de l’UMP, les rapports entre les deux camps Fillon-Copé se sont envenimés, en partie à cause de Twitter. Les twittos, les utilisateurs de Twitter, tout comme les journalistes, sont devenus les observateurs d’une joute que se livraient à distance les protagonistes. Certains auraient dû tourner leurs pouces sept fois avant de poster des message. « Je pense donc je suis » s’est transformé en « je pense donc je twitte ». Nadine Morano a ainsi accusé François Fillon, « de faire le jeu du FN». La sarkozyste de choc l’a très vite effacé mais difficile de maîtriser la mémoire d’internet, l’Express a réussi à exhumer ce tweet.

Twitter peut ainsi se transformer en grenade dégoupillée. La bataille de l’UMP a montré à quel point des stratégies de communication toutes ficelées pèsent peu face à une déferlante de messages instantanés, souvent impulsifs, qui font tomber les masques. Et c’est tant mieux.

- Cette spontanéité n'est-ce pas aussi une façon de revivifier le débat public ?

Oui et c’est certainement, à mon avis, ce qu’il faut en retenir. Twitter, c’est beaucoup d’intox mais c’est aussi de l’info avec des sources identifiées. Et bien sûr, de l’interactivité.

Les politiques sont directement interpellés par leurs administrés. La permanence du député local est entrée dans le monde du virtuel, accessible 24 heures sur 24h. Une proximité que les politiques peuvent craindre quand on constate la dureté de certains messages postés par des citoyens lambdas et qui peuvent avoir un effet boule de neige. Les voilà sous l’œil vigilant de leurs électeurs.

La politique 2.0 permet de réinventer le lien entre les citoyens et leurs représentants, ou tout au moins de le dépoussiérer.

Encore faut-il que les élus jouent le jeu et qu’ils acceptent cet échange direct, dépourvu de filtre, sans recourir à des artifices. En sous-traitant, par exemple, la gestion de leurs comptes à des professionnels de la communication. Mais gageons que les citoyens 2.0, ceux de la génération web, sauront les déjouer.

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