ParPiotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

Dans trois jours, François Hollande s’envolera vers Moscou. Cette visite officielle, c’est aussi une forme de test.

Ce voyage est important pour le président français car il le place devant une question grave : quelle place pour les droits de l’homme dans sa politique étrangère ? Prenez le Mali : l’armée française y est intervenue pour empêcher la nuit islamiste de tomber sur un pays ami. Mais quels mots choisir face à Vladimir Poutine ? Peut-on se rendre à Moscou seulement pour parler affaires, alors que des lois liberticides ont été votées depuis un an?

Les Etats-Unis, par exemple, ont adopté une position plus ferme, en votant des sanctions contre les auteurs de violations manifestes des droits de l’homme en Russie. C’est ce qu’on appelle le Magnitsky act, du nom d’un juriste mort en prison en 2009 à cause de mauvais traitements. Or la France est muette sur ce thème des sanctions. On sait que Nicolas Sarkozy avait viré de bord vis-à-vis de la Russie pendant son quinquennat, finissant par se limiter à un rôle de VRP de l’industrie française. François Hollande osera-t-il, lui, mettre les mots sur la réalité ?

- Ca serait une vraie rupture, en matière de politique étrangère…

Oui car pour l’heure, la principale rupture entre Hollande et Sarkozy dans ce domaine se situe du côté du tempérament. François Hollande n’a pas été patron du PS pour rien pendant dix ans : c’est un homme de synthèse, de compromis, là où Nicolas Sarkozy se nourrissait de la confrontation.

Depuis mai dernier, l’originalité de François Hollande a été le baume. Il a cherché à corriger certaines relations bilatérales, négligées ou abimées sous le quinquennat précédent. On l’a peu noté, mais la France a fait ainsi un geste important envers la Turquie. Le 12 février, Paris a accepté l’ouverture d’un nouveau chapitre dans les négociations d’adhésion entre Ankara et l’Union européenne. C’est une vraie rupture par rapport à l’ère Sarkozy.

Deuxième exemple, le Mexique. On se souvient des pressions de Nicolas Sarkozy pour obtenir le transfert en France de Florence Cassez. Une manifestation culturelle importante, l’année du Mexique en France, avait même été annulée. François Hollande, lui, a pris une position plus mesurée, en exprimant sa confiance en la justice mexicaine. Ce n’est pas la raison unique de la libération de la Française, mais ça y a contribué.

Troisième exemple, la Pologne. Ce pays en plein essor avait été négligé par Nicolas Sarkozy, mais aussi par Jacques Chirac. Huit ans après l’entrée de la Pologne dans l’UE, les relations entre Paris et Varsovie étaient au point mort, lorsque François Hollande est arrivé à l’Elysée. Là encore, François Hollande a lancé une opération séduction pour réparer les dégâts, lors d’un voyage en Pologne en novembre dernier.

Réparer les dégâts, ça compte en politique. Mais affirmer des principes, des valeurs, quitte à perdre des marchés, ça donne du sens à l’action. On verra donc à Moscou si François Hollande mettra de côté sa rondeur diplomatique. Après tout, il a bien menacé les islamistes maliens de destruction…

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