Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazine L'Express

françois hollande lance son chantier prioritaire de la jeunesse
françois hollande lance son chantier prioritaire de la jeunesse © reuters

Alors qu’on voit à travers le monde la jeunesse crier son mécontentement, comme au Brésil, pourquoi en France, la jeunesse ne se montre guère ?

Autrement dit : François Hollande aurait-il pris en considération les difficultés de cette jeunesse française ?

C’est vrai que François Hollande a fait de la jeunesse un thème majeur de sa campagne. Il avait senti mieux que les autres candidats qu'elle était un enjeu essentiel quand viendrait l’heure de son bilan. D’où l'engagement maintes fois répété d’améliorer son sort et que les jeunes « vivent mieux » en 2017 qu’en 2012.

Sauf qu’un an après son élection, cet affichage présidentiel prend davantage la forme d’une anesthésie générale que d’une politique volontariste. Qui se souvient des 10 chantiers issus d'un énième comité interministériel en février dernier ? Les intitulés commençaient quasiment tous par des mots creux du genre : promouvoir, favoriser, faciliter...

En général un passeport pour l'inefficacité. Quant à la conférence sociale organisée la semaine dernière, six tables rondes au total et une grande absente : la jeunesse.

  • Mais des signaux ont bien été envoyés cependant. Par exemple les emplois d’avenir et les contrats de génération ?

Certes, mais d’une part leur mise en œuvre est poussive. Le gouvernement a même dû élargir les conditions d’accès aux emplois d’avenir pour espérer parvenir aux 100.000 contrats d’ici la fin de l’année.

Et d’autre part, ce qui est plus inquiétant, ces deux mesures phare semblent bien maigres comparé au sentiment de déclassement des jeunes : la conviction de plus en plus ancrée qu'ils ne vivront jamais aussi bien que leurs parents. Et ce, parfois, malgré des études et une ténacité à toute épreuve.

François Hollande prend soin d’éviter toute réforme qui pourrait amplifier ce phénomène comme ce fut le cas avec le CPE, le contrat première embauche, sous Dominique de Villepin. Mais ne rien faire d’hostile ne peut tenir lieu d’action positive.

- A vous entendre, c’est une autre forme d’immobilisme.

En quelque sorte oui. Bouger mais pas trop avec une obsession : ne rien entreprendre qui pourrait entraîner les jeunes dans la rue. Surtout quand on sait que dans cette catégorie de la population, il existe toujours une attente plus forte vis-à-vis de la gauche au pouvoir. Notamment sur la précarisation de l’emploi qui la frappe durement.

Rien, à ce jour, de substantiel sur le recours abusif aux CDD ou aux stages peu ou pas du tout rémunérés pour occuper des emplois à temps plein.

Plutôt qu'un saupoudrage de mesurettes, on attend encore la grande réforme phare en direction de la jeunesse. Une réforme emblématique de ce début de quinquennat que la flexisécurité du marché du travail votée en janvier ou celle à venir des retraites qui ne fera pas, à juste titre, rêver les 18-25 ans.

Faute de réponses à la hauteur, la France se tourne vers l’Europe. On nous promet un grand plan en faveur de l’emploi des jeunes. Mais dans le même temps, le budget dédié aux bourses Erasmus est sans cesse en danger. C’est là un exemple parmi d’autres de signaux contradictoires envoyés aux étudiants.

D'un côté, une jeunesse anesthésiée par la promesse d’un avenir meilleur ou déjà résignée parce qu'elle ne voit rien venir. De l'autre, un gouvernement tétanisé par la crainte d’un mouvement d'humeur ou de fronde plus radicale. Au final, une combinaison tout sauf prometteuse.

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