Par Piotr Smolar, journaliste au quotidien Le Monde

l’eurogroupe décide d’un plan d’aide de 10 milliards d’euros pour chypre
l’eurogroupe décide d’un plan d’aide de 10 milliards d’euros pour chypre © reuters

La séquence chypriote est un désastre complet. Même si le système bancaire de ce petit pays tient debout, on n’a pas fini de mesurer les effets secondaires: l’Union européenne noyée dans l'improvisation, la montée d'un ressentiment anti-allemand en Europe, Berlin qui s’énerve de payer pour les petits, et puis le fossé béant entre les peuples et les gouvernants…

Mais l'affaire chypriote, c'est aussi un festival de mauvaise foi. A Bruxelles d’abord. On nous a parlé de « plan d'urgence » pour une « économie casino », comme Pierre Moscovici hier. Mais on connaît depuis longtemps les travers de Chypre, ses banques gonflées à l’hélium ! La vérité, c'est que ce pays n'aurait jamais dû entrer dans l'Union européenne. Seulement, faute d'une vraie intégration bancaire et fiscale, on a fermé les yeux sur ce paradis toxique. Et la situation s’est encore aggravée à cause de la crise grecque voisine.

C’est à cause de cette tolérance passée que le gouvernement chypriote a aussi été de mauvaise foi. Il a foncé à Moscou pour réclamer des fonds. Comme si personne n'avait prévenu Nicosie : l'Union européenne, ce n'est pas à la carte. On est dedans ou dehors.

  • Et puis, il y a la Russie.

Dernière mauvaise foi olympique ! Ses dirigeants sont en colère car on ne leur avait pas annoncé la taxe sur les dépôts. Mais encore heureux ! Sinon, les 20 milliards de dollars russes déposés à Chypre se seraient envolés vers un autre refuge, et il y en a plein ! Et puis, on n'a pas toujours connu Vladimir Poutine aussi passionné par la défense de la propriété privée. Par exemple, lorsque le groupe pétrolier Ioukos a été dépecé et son patron, Mikhaïl Khodorkovski, emprisonné.

Les intentions de Bruxelles étaient correctes : assainir le système bancaire chypriote, éviter une contamination à d’autres pays. Mais la méthode est indéfendable. C’est une contre-publicité terrifiante pour l'UE, alors que les observateurs vantaient une sortie de la tempête financière. Dans sa formule initiale, le plan de l’UE visait l'épargne des petits épargnants, et pas seulement les grandes fortunes étrangères. Qui a eu l’idée de violer la promesse d'une protection de toutes les épargnes jusqu'à 100.000 euros ? Comment justifier cette démarche confiscatoire ?

Peu importe au fond si l’idée venait de Bruxelles ou de Nicosie. Elle aurait dû être écartée tout de suite. L'UE a ébréché d'un seul mouvement deux de ses piliers : la confiance et le droit de propriété. La confiance vient du fait que nos sociétés européennes sont bâties sur l'État de droit, et non sur l’arbitraire. Ca veut dire les mêmes droits pour tous. Or on porte un coup à cette confiance en violant le droit de propriété, une sécurité fondamentale qui nous différencie, par exemple, de la Russie. C'est une atteinte à notre culture juridique. Hier, Pierre Moscovici parlait de mauvaise communication. C’est malheureusement bien plus grave que ça. L’Europe a trahi sa parole et son identité.

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