Par Guillaume Roquette, directeur de la rédaction duFigaro Magazine

Le débat de ce soir 20h45 sur France 2 dans l'émission "Des paroles et des actes" entre les deux candidats à la présidence de l’UMP, François Fillon et Jean-François Copé, pourrait être une "nouvelle séquence pour la droite".

D’abord parce que l’enjeu dépasse largement celui d’une confrontation pour la présidence du parti. Même si les deux intéressés ne le disent pas trop, l’élection qui aura lieu le 18 novembre est une étape importante dans la course vers la présidentielle de 2017. C’est une sorte de pré-primaire.

Et puis, le débat de ce soir peut être le début d’une nouvelle séquence pour la droite. L’occasion, pour ses électeurs, de tourner la page de la défaite de Nicolas Sarkozy, un peu comme la primaire socialiste, il y a un an, avait permis de tourner la page Strauss-Kahn pour un électorat de gauche traumatisé par l’affaire du Sofitel de New York.

  • François Fillon est donné favori par les sondages et c’est donc Jean-François Copé qui a le plus de pression?

C’est certain, Copé est un peu dans la situation de Romney face à Obama : il est le challenger, même s’il affirme que les sondages ne signifient rien puisqu’ils sont faits auprès des sympathisants UMP, alors qu’il n’y a que les militants qui votent.

Copé a un autre handicap, c’est de partir avec une image forte auprès de l’opinion, surtout après ses récentes déclarations sur le communautarisme musulman, alors que Fillon a une image moins marquée, ce qui lui laisse plus de marge de manœuvre.

Pour dire les choses autrement, Fillon écrit sur une page blanche, alors que Copé doit d’abord effacer le tableau s’il veut écrire une nouvelle histoire, celle d’un homme rassembleur pour conduire l’UMP vers de futures victoires.

- Jean-François Copé va-t-il continuer à développer des thèmes polémiques dans la lignée du racisme anti-blanc ou du pain au chocolat ?

C’est compliqué pour lui. Je pense que ce que dit Jean-François Copé ne choque pas la grande majorité des militants UMP. D’ailleurs François Fillon, qui s’en doute, s’est bien gardé de les condamner directement, il a laissé faire ses lieutenants.

Le problème de Copé, c’est que son discours très offensif peut être approuvé par les militants UMP sans pour autant les inciter forcément à voter pour lui.

Pour une raison simple : il semble que les adhérents UMP aient les mêmes réflexes que les électeurs de la primaire socialiste ; ils sont tentés de voter pour le représentant de leur camp qui a le plus de chances de gagner la présidentielle.

Or le discours de Jean-François Copé est plus clivant, donc moins rassembleur, moins présidentiel que celui de François Fillon.

Pour cette raison, je pense que Jean-François Copé ne prendra pas le risque de la surenchère. Il essaiera plutôt de capitaliser sur ses prises de position antérieures, en montrant qu’il n’a pas eu peur de tenir des propos musclés. Et François Fillon ne lui fera pas de procès en droitisation. En fait, l’ancien premier ministre prendra le moins de risque possible, parce qu’il est convaincu que ce débat ne changera pas la donne. Il est très sûr de lui. Peut-être trop, on verra ce soir.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.