Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazine L'Express

Le centre essaie à nouveau de se fédérer.

Jean-Louis Borloo
Jean-Louis Borloo © Pierre Métivier

Entre l’agitation de ce début de mandat et les disputes pour la présidence de l’UMP, on en a presque oublié qu’un nouveau parti est né cet été : l’Union des démocrates et indépendants, l’UDI. C’est Jean-Louis Borloo qui s’est lancé dans cette nouvelle tentative pour fédérer les centristes de droite et ceux qui s'autoproclament indépendants.

Un énième essai tant le centre est l'éternel mirage de la politique française. Il y a à peine un an, Jean-Louis Borloo avait participé à la fondation de l'Alliance républicaine, écologiste et sociale, l'Arès. Avec, d'ailleurs, à ses côtés : les mêmes qu'aujourd'hui. Aussitôt apparu, aussitôt disparu.

Cette fois-ci promis juré, disent les mêmes, ça va marcher. Les débuts sont il est vrai plutôt encourageants : une soixantaine de députés et de sénateurs s'y sont ralliés. Reste à transformer l'essai.

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C’est le moins qu’on puisse dire : il y a là les radicaux de droite, les anciens socialistes de la Gauche Moderne, le Nouveau centre d'Hervé Morin et j'en passe. Des proches de François Bayrou ont aussi rejoint l'aventure. L’ancien président du MoDem lui-même pourrait être tenté. Très isolé depuis sa double défaite de la présidentielle et des législatives, Bayrou navigue encore entre deux eaux. En juin, il confiait à L’Express être prêt à entrer dans un gouvernement de gauche dans un esprit d’union nationale. Ne voyant rien venir, le président du MoDem a tendu la main ce week-end à Jean-Louis Borloo. Prudemment tout de même. Et pour cause : François Bayrou assume toujours son vote pour François Hollande alors que l'UDI s'est clairement inscrite dans l'opposition.

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Les socialistes regardent plutôt d'un bon œil ce nouvel arrivant sur la scène politique. D'abord parce que l'UDI pourrait recruter dans les rangs de l'UMP. Et d'autre part parce que sur certains textes, il n'est pas exclu que des voix centristes se mêlent à celles de la majorité.

Sur le vote des étrangers aux élections locales par exemple, les parlementaires de l'UDI ne sont pas tous à l'unisson. D’où, récemment un appel du pied de Jean-Marc Ayrault.

Mais Jean-Louis Borloo pourrait lui aussi trouver son compte dans des rapprochements au coup par coup. Ils lui permettraient d’acquérir une autonomie vis-à-vis de l'UMP.

Surtout si François Fillon en prend la tête. Borloo ne le cache pas : il aurait davantage intérêt à une victoire de Jean-François Copé qui donnerait une coloration droitière à l’UMP et lui laisserait un espace plus large au centre. Ce sera plus compliqué avec un Fillon et son profil plus centro-compatible. Sans compter que les deux hommes ne sont pas du tout copains.

D’ici 2017, Borloo et ses amis devront donc trouver un savant dosage pour surnager au milieu des deux grands partis. Encore faut-il qu’ils n’explosent pas en plein vol. Et cela, au vu des expériences passées, c’est loin d’être gagné !

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