Par Romain Gubert, journaliste à l'hebdomadaireLe Point

Entreles ministres chargés des dossiers économiques installés à Bercy, en coulisses, ça ne se passe pas si bien que ça.

le premier budget du gouvernement relève les impôts de 7,2 milliards
le premier budget du gouvernement relève les impôts de 7,2 milliards © reuters

Ils sont sept. Sept ministres. Les garçons s’appellent Pierre, Arnaud, Jérôme et Benoît. Les filles Fleur, Nicole et Sylvia. Et leur cohabitation ressemble parfois, toutes proportions gardées bien sûr, à ce qui se passe dans le « loft » cher à une grande chaîne de télévision. C’est la première fois qu’ils sont aussi nombreux à partager des bureaux dans l’hôtel des ministres de la forteresse de Bercy. Et entre ces colocs, ce n’est pas la franche camaraderie. C’est même un vrai feuilleton. Il y a quelques semaines, il y a eu des bagarres pour les meilleures places de parking dans la cour d’honneur. Il y eu aussi cette petite guerre des bureaux déclenchée par les conseillers de certains ministres, scandalisés de devoir se partager une pièce à plusieurs pour travailler. D’ailleurs les ministres, eux aussi, ont joué des coudes…

En mai dernier, Arnaud Montebourg voulait installer le cabinet du « redressement productif » au cinquième étage et chasser Jérôme Cahuzac de cet étage « noble », équipé de mobilier Empire qui est celui des hommes du fisc depuis 1989. Montebourg a perdu cette bataille et s’est finalement installé au troisième étage, dans le « Bercy d’en bas » dit-il, celui qui est « proche des réalités », pendant que les étages supérieurs s’occupent, eux, des comptes publics, de la dette et des affaires monétaires. Inutile de dire que toutes ces mesquineries ont pas mal fait jaser les milliers de technos qui travaillent à Bercy.

- Mais ces petites querelles entre ministres sont finalement une grande tradition, non ?

Oui. Bien sûr. Sauf que ces empoignades feutrées ne se résument pas seulement aux chocs d’ambitions dans un lieu où nos sept ministres se sentent à l’étroit. Elles ne s’expliquent pas seulement parce que chacun veut être devant sur la photo de classe. Il y a aussi, derrière tout ça, une querelle idéologique majeure. Et des façons de penser l’économie qui s’entrechoquent. Prenez les bisbilles entre Montebourg et Moscovici. Quand Montebourg veut, je cite, « rééduquer les petits hommes en gris » de Bercy et mettre fin à l’idéologie néolibérale –vous savez, celle de Thatcher et de Reagan qui, selon lui, contamine les cerveaux des fonctionnaires du Trésor, ce n’est pas simplement pour donner des coups de pieds dans le tibia de son collègue installé au sixième étage. Et quand Moscovici grogne contre les emportements et les rêves de nationalisation du « camarade du troisième étage » (c’est comme ça qu’il surnomme Montebourg), c’est parce que lui se retrouve à devoir expliquer la stratégie française de sortie de crise devant les autres ministres européens de l’économie, les agences de notation et devant les chefs d’entreprise affolés par ce qu’ils entendent au troisième étage.

Souvenez-vous : « Mon ennemi n’a pas de visage, c’est la finance », disait François Hollande il y a moins d’un an. Avant d’expliquer au Français, une fois élu, qu’hors la compétitivité, ce mot qui fait frémir tous ceux pour qui le libéralisme est un gros mot, il n’y a point de salut.

En fait, cette guéguerre pour les places de parking à Bercy illustre parfaitement ce qui se passe dans la tête de François Hollande en ce moment pour tenter de sortir le pays de la crise. C’est pour cela que ce n’est pas une guerre tout à fait comme les autres.

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