Par Benjamin Sportouch, journaliste au magazineL'Express

Revenons sur une prochaine réforme presque passée inaperçue... C’est une actualité qui n’a pas fait la une du week-end dernier. Et pourtant, elle touche directement à l’exercice de la démocratie. Vendredi, les députés ont voté une loi électorale qui institue la parité aux élections départementales, le nouveau nom des élections cantonales, ça, c'est le côté pile. Côté face , ces élections départementales sont repoussées de 2014 à 2015 et auront lieu en même temps que les régionales. Principale raison invoquée par l’exécutif : l’embouteillage aux urnes, car l'an prochain, les électeurs sont déjà convoqués pour des élections européennes et municipales.

  • Faut-il y voir une manipulation ? C’est ce que clame l’opposition qui espère une « vague bleue » et elle n’a pas tort de protester. Des élections intermédiaires sont très rarement porteuses pour le pouvoir en place. Plusieurs ministres sont relativement confiants pour les prochaines municipales dans les grandes métropoles, dont Paris et Marseille. En revanche, dans les villes moyennes, les alternances pourraient être nombreuses.

Quant aux européennes, dont l’enjeu se nationalise beaucoup plus facilement, elles pourraient aussi se solder par un vote sanction. Le PS en a fait l'amère expérience en 2009, lorsqu'il est arrivé derrière les Verts avec un score calamiteux.

Voilà donc la raison de ce tripatouillage : plutôt que d’accumuler les déconvenues et puisqu'il est impossible de toucher aux européennes, les élections territoriales sont renvoyées à plus tard. Sans compter que la gauche peut ainsi espérer garder le Sénat, où sa majorité ne tient qu'à un fil et dont le renouvellement repose pour partie sur les élus locaux.

- En son temps, la droite au pouvoir avait modifié le calendrier électoral et pas toujours dans un esprit vertueux. Oui et ce n’est pas une raison pour l’imiter. Les élections municipales de 2007 avaient été repoussées à 2008 pour éviter un télescopage avec les présidentielles et les législatives.

Mais du coup, on a rallongé le mandat des maires sans rien demander aux principaux intéressés, autrement dit les électeurs. Un véritable déni de démocratie. A l'époque d'ailleurs un responsable socialiste s’était élevé très tôt contre ce changement de calendrier.

Je le cite : « c’est important les élections municipales. On n’en décide pas comme ça. Ce n’est pas le fait du prince ». Qui est l’auteur de cette vindicte je vous le demande ? Un certain François Hollande.

- Que vaut l’argument qui évoque un risque d’abstention et de confusion si on votait simultanément pour différents scrutins le même jour ?

C’est irrecevable. Les pays occidentaux organisant plusieurs élections le même jour sont pléthore. Les Italiens viennent ainsi de renouveler leurs deux assemblées simultanément. Et la France, elle, n’en serait pas capable ! Les Français sont assez rompus à l'exercice électoral pour éviter de confondre les enjeux.

Quant au risque d’abstention, cette simultanéité pourrait au contraire être une incitation au vote. Bref, ce report prend les allures d'une manœuvre électorale qui pourrait se retourner contre leurs auteurs. Car éviter une défaite cinglante sur plusieurs scrutins en 2014 n'empêchera pas un nouveau revers en 2015. Deux défaites au lieu d'une. On a connu meilleur calcul politique.

Une bonne fois pour toutes, il faut fixer un calendrier et si c'est la condition pour ne plus y toucher, l'inscrire dans la Constitution.

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